Ormuz sous pression: l’Iran tente d’imposer son péage
Jag Vasant, un navire-citerne battant pavillon indien transportant du gaz de pétrole liquéfié (GPL), qui a transité par le détroit d’Ormuz en pleine guerre au Moyen-Orient, reste amarré à un terminal de déchargement le long de la côte à Mumbai le 1er avril 2026. ©PUNIT PARANJPE / AFP

Le bras de fer s’intensifie autour du détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce énergétique mondial. Au cœur des tensions entre l’Iran et les États-Unis: la volonté de Téhéran d’imposer des droits de passage aux navires empruntant ce corridor stratégique, par lequel transite près de 20% du pétrole mondial, mais aussi des marchandises essentielles comme les engrais.

Une ligne rouge pour les pays du Conseil de coopération du Golfe, qui dénoncent une tentative de mise sous pression du commerce international. De son côté, Washington campe sur une exigence non négociable: garantir la liberté totale de navigation.

Une pression maximale sur une artère vitale

Selon des informations relayées par Reuters, Téhéran souhaite inscrire dans tout accord de paix durable la possibilité de taxer les navires transitant par le détroit d’Ormuz – une bande maritime étroite de 34 kilomètres reliant l’Iran au Sultanat d’Oman.

Les modalités évoquées restent floues: les redevances varieraient en fonction du type de navire, de la nature de sa cargaison et d’autres critères encore non précisés.

Sur le terrain, la pression est déjà montée d’un cran. Ces dernières semaines, l’Iran a perturbé le trafic maritime, allant jusqu’à considérer le détroit comme fermé et à tirer sur certains navires. Dans ce climat de forte tension, seuls quelques bâtiments auraient pu franchir le passage, moyennant des paiements estimés à plusieurs millions de dollars – des informations toutefois non confirmées par Reuters.

Ce que dit le droit international

Le cadre juridique est pourtant clair. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer interdit aux États riverains d’un détroit d’exiger un paiement en échange du simple droit de passage.

Des frais peuvent être appliqués, mais uniquement s’ils correspondent à des services précis – pilotage, remorquage ou assistance portuaire – et à condition d’être non discriminatoires entre les pavillons.

Le cas d’Ormuz se distingue ainsi de celui du canal de Suez ou du canal de Panama, voies artificielles où des droits de passage sont légalement perçus. D’autres détroits, comme ceux régis par la Convention de Montreux, le Bosphore, la mer de Marmara et les Dardanelles, autorisent des frais liés aux services rendus, mais excluent toute taxation généralisée du transit. À l’inverse, des hubs comme le détroit de Singapour restent totalement libres d’accès.

Une escalade aux implications globales

Dans l’industrie maritime, le constat est sans appel: aucune mesure unilatérale de taxation d’un détroit stratégique n’a été observée à ce jour.

Les monarchies du Golfe montent au créneau. Les Émirats arabes unis ont martelé qu’aucun État ne pouvait «prendre en otage» le détroit d’Ormuz, tandis que le Qatar insiste sur le droit de tous les pays à l’utiliser librement. Toute discussion sur d’éventuels mécanismes financiers est, selon Doha, prématurée tant que le passage n’est pas pleinement sécurisé.

Même fermeté du côté américain: le président Donald Trump a rappelé que la libre circulation du pétrole dans cette zone devait être une condition impérative de tout accord avec Téhéran.

Le risque d’un engrenage militaire

Derrière la bataille juridique se profile un risque bien plus explosif. Maintenir le détroit ouvert par la force supposerait, selon Reuters, une opération militaire longue et complexe le long des côtes iraniennes, où les forces de Téhéran disposent de capacités de frappe à distance contre les navires.

Dans ce jeu de puissances, la Chine pourrait détenir une carte maîtresse. Premier importateur d’énergie transitant par Ormuz et partenaire stratégique de l’Iran, Pékin apparaît comme un acteur clé susceptible d’influencer l’issue de la crise.

En résumé, en cherchant à monétiser le passage dans le détroit d’Ormuz, l’Iran s’attaque à un principe fondamental du droit maritime international. Une initiative juridiquement contestable et géopolitiquement explosive.

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