Liban: Le devoir de mémoire en échec
©Ici Beyrouth

Qu’avons-nous fait du devoir de mémoire? La question s’impose, presque comme un constat d’échec.

Au Liban, la transmission de l’histoire — pourtant essentielle à la construction d’un État et à la cohésion d’un peuple — semble s’être brisée.

Car transmettre, ce n’est pas seulement raconter le passé. C’est permettre aux générations futures d’en tirer des leçons, d’éviter les erreurs, de préserver ce qui unit. Or aujourd’hui, ce lien apparaît fragilisé, voire rompu. Faute d’un véritable travail de mémoire, de nombreux jeunes Libanais semblent déconnectés de leur propre histoire, emportés par les crises successives qui accaparent le présent.

Quel héritage leur reste-t-il? Une mémoire fragmentée, parfois instrumentalisée. Une histoire souvent tue, ou reléguée au second plan. Et surtout, l’absence d’un récit commun capable de rassembler.

Dans ce vide, certains discours trouvent encore un écho. Chez une partie de la jeunesse — notamment parmi les moins de cinquante ans — les appels à la confrontation, qu’ils prennent la forme de croisades ou de jihad, continuent de résonner. Comme si le passé n’avait pas suffi à démontrer le coût humain de ces logiques de division.

Car l’histoire libanaise récente est marquée par des drames profonds. Une époque où le destin d’un individu pouvait dépendre de son prénom, inscrit sur une simple carte d’identité. Une réalité brutale, que beaucoup ont vécue, mais que trop peu ont transmise.

Sans mémoire, le risque est clair: celui de répéter. Et sans transmission, celui de voir s’effacer les fondements mêmes du vivre-ensemble.

La survie du Liban passe pourtant par là. Par la réappropriation de son histoire, dans toute sa complexité. Par une mémoire assumée, partagée, transmise. Cela n’exclut ni la vigilance, ni la nécessité de faire face à ceux qui attisent les divisions. Mais cela impose, avant tout, de reconstruire un socle commun.

Liban, où est ta paix?

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