Ultimatum à Ormuz: le monde en apnée avant l’heure H de Trump
Le président américain Donald Trump, aux côtés du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, s'exprime sur le conflit en Iran dans la salle de presse James S. Brady de la Maison Blanche, le 6 avril 2026, à Washington, DC. ©Saul Loeb / AFP

Ce mardi à 20h00, heure de Washington, le monde saura si Donald Trump mettra à exécution la menace la plus spectaculaire de sa présidence. Depuis dimanche, l'ultimatum lancé à l'Iran domine l'agenda mondial, des salles de marché de Tokyo aux chancelleries européennes, en passant par les capitales du Golfe.

Le président américain a fixé ce délai de 48 heures à Téhéran pour rouvrir le détroit d'Ormuz, sous peine de voir l'ensemble de ses ponts et centrales électriques détruits en l'espace de quatre heures. Mais derrière la rhétorique tonitruante, les négociateurs sont pessimistes, et les calculs des deux camps révèlent une situation bien plus complexe qu'un simple bras de fer.

Trump, plus faucon que ses propres faucons

Ce qui frappe d'abord, c'est l'isolement relatif de Donald Trump au sein même de son administration. Selon Axios, l'équipe de négociation américaine – le vice-président JD Vance, l'envoyé spécial Steve Witkoff et Jared Kushner – pousse pour un accord diplomatique. C'est du côté de Trump lui-même que la pression guerrière est la plus forte. «Le président est le plus assoiffé de sang», a confié un officiel américain, soulignant que Pete Hegseth et Marco Rubio «font figure de colombes» en comparaison. Trump aurait notamment sondé son entourage en demandant: «Que pensez-vous d'un Jour des Infrastructures?»

De l'autre côté, Benjamin Netanyahou, Mohamed Ben Salmane et Mohamed Ben Zayed exercent une pression inverse sur Trump, l'incitant à ne pas accepter de cessez-le-feu sans concessions majeures de Téhéran, dont la réouverture du détroit ou l'abandon de l'uranium hautement enrichi.

Téhéran entre défiance et paralysie communicationnelle

L'Iran, de son côté, ne cède pas. Sa réponse en dix points, transmise via le Pakistan, rejette tout cessez-le-feu temporaire et exige une fin permanente des hostilités, des indemnités de guerre et la levée des sanctions. La Maison-Blanche a qualifié cette réponse de «maximaliste», tout en y décelant un signal de négociation.

Téhéran dispose d'un levier considérable: le blocage du détroit, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, continue de faire grimper les cours. Le WTI a atteint 115 dollars le baril lundi. Mais le régime fait face à un obstacle structurel: l'effondrement de ses communications. Le Wall Street Journal confirme que les frappes ont décimé les infrastructures de communication, forçant le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei à transmettre ses ordres via des intermédiaires, rendant toute coordination diplomatique extrêmement laborieuse.

Des risques symétriques, une issue ouverte

L'escalade comporte des risques sérieux pour Washington: elle risque de durcir la position iranienne, de prolonger la fermeture du détroit et d'épuiser des stocks de munitions de précision déjà sous tension. En privé, des élus républicains avertissent Trump que l'explosion du prix de l'essence pourrait compromettre leurs chances aux «midterms» de novembre.

La porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt a résumé l'état d'incertitude: «Seul le président Trump sait ce qu'il fera, et le monde entier le découvrira ce soir.» Une phrase qui dit tout de l'heure: celle où un homme seul, dans le Bureau ovale, tient entre ses mains le sort du détroit le plus stratégique de la planète.

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