État de notables et de gros bras?
©Ici Beyrouth

«Où est l’État?» Longtemps reléguée au rang de formule désabusée, la question s’impose aujourd’hui avec une acuité brutale, notamment après le drame survenu à Aïn Saadé. Une frappe israélienne a visé un appartement situé dans le complexe du projet maronite, ciblant un responsable du Hezbollah qui avait quitté les lieux quelques minutes auparavant. Trois civils innocents ont perdu la vie, chez eux, sans lien directe avec la cible.

Cette tragédie illustre une fois de plus la spirale de violence absurde dans laquelle le Hezbollah a entraîné le pays et la population libanaise.

Au-delà de l’émotion suscitée par cette tragédie, c’est l’absence de l’État libanais qui interroge une fois de plus. Un État silencieux, engourdi, volontairement ou non, incapable de réagir à la hauteur d’un événement qui ne relève pas du cycle habituel des frappes enregistrées dans plusieurs régions du pays.

Le contraste est d’autant plus saisissant que, côté israélien, le porte-parole de l’armée a annoncé l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les circonstances de cette erreur ayant coûté la vie à des civils, tandis que les autorités libanaises sont restées muettes. D’ailleurs le silence demeure le maître mot des responsables libanais, toutes fonctions confondues, alors que la rue gronde et que l’opinion publique attend des réponses claires.

Les services de sécurité et l’armée libanaise, quant à eux, n’ont livré que très peu d’éléments sur les circonstances exactes de l’incident. Les zones d’ombre demeurent nombreuses, qu’il s’agisse de l’identité du propriétaire de l’appartement, du locataire, des modalités du bail, du type de munition utilisée, ou encore du déroulement précis des faits.

Le dispositif de sécurité mis en place sur les lieux soulève lui aussi des interrogations, d’autant qu’il ne semble pas appliqué avec la même rigueur lors d’autres incidents. En effet, dès lors qu’il est question du Hezbollah, l’information devient parcellaire, comme encadrée, presque soustraite au regard public, dans un contexte de forte polarisation.

Dans ce climat, le silence persistant de l’État libanais et de ses institutions laisse le champ libre aux interprétations les plus diverses et aux récits parfois douteux. Certaines voix, à l’instar de Jamil el-Sayyed, avancent des hypothèses accusatrices, évoquant notamment la présence d’explosifs dans l’appartement. Des déclarations graves, non étayées, qui n’ont suscité aucune réponse officielle.

Face à une telle défaillance, une question s’impose avec encore plus de force: si aucune autorité, au sein de l’État, n’est en mesure d’assumer ses responsabilités, d’éclairer les faits et de répondre aux attentes légitimes des citoyens, alors où est véritablement l’État?

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