L’initiative sino-pakistanaise pour éteindre le brasier iranien
Cette photo de presse, prise le 31 mars 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi (à droite), en conversation avec son homologue pakistanais, Ishaq Dar, à Pékin. ©Ministère pakistanais des Affaires étrangères / AFP

La diplomatie s'accélère autour du conflit irano-américain. Le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar, s'est rendu mardi à Pékin pour rencontrer son homologue chinois Wang Yi, une visite qui a débouché sur la publication d'une initiative conjointe en cinq points visant à mettre fin aux hostilités.

Cette initiative prévoit une cessation immédiate des combats, l'ouverture de couloirs humanitaires, le lancement de pourparlers de paix dans le respect de l'indépendance de l'Iran et des États du Golfe, l'arrêt des frappes sur les infrastructures civiles – y compris les installations nucléaires civiles –, la restauration de la libre circulation des navires commerciaux et, enfin, la conclusion d'un cadre de paix global fondé sur la Charte des Nations Unies.

«C'est clairement une initiative équilibrée en cinq points sur laquelle nous nous sommes tous deux mis d'accord, et que tous seraient heureux d'approuver», a déclaré Dar à Axios à l'issue de la réunion. De son côté, Donald Trump, interrogé sur cette démarche, s'est contenté d'indiquer que «les négociations avec l'Iran se passent bien», sans commenter les détails du plan sino-pakistanais.

Le Pakistan, médiateur contraint

Si Islamabad s'est placé au cœur de cet effort diplomatique, c'est autant par ambition que par nécessité. Le Pakistan partage avec l'Iran une frontière terrestre de quelque 900 kilomètres, et les risques de débordement du conflit vers la province du Baloutchistan – déjà secouée par une insurrection – constituent une menace directe pour la stabilité du pays. À cela s'ajoutent les tensions sectaires latentes: le Pakistan abrite la plus grande population chiite au monde en dehors de l'Iran, et des dizaines de personnes ont déjà perdu la vie lors de manifestations déclenchées par les premières frappes américano-israéliennes sur Téhéran.

D'après le Quincy Institute for Responsible Statecraft, Islamabad ne peut pas non plus se permettre de choisir un camp: son économie et sa sécurité énergétique sont étroitement liées aux monarchies du Golfe, tandis qu'un pacte de défense récemment signé avec Riyad pourrait l'entraîner dans un conflit plus large si l'Arabie saoudite venait à intensifier ses opérations militaires.

«Le Pakistan a des enjeux considérables dans l'issue de cette guerre. Nous avons aussi des décennies d'engagement avec les établissements militaires et de politique étrangère de Washington, ce qui signifie qu'il existe un langage commun et un degré de compréhension mutuelle facilitant ce type de diplomatie sensible», a expliqué au Quincy Institute Jamal Aziz, directeur exécutif du think tank pakistanais Research Society of International Law.

Une coalition régionale aux intérêts divergents

En amont de la réunion sino-pakistanaise, Islamabad avait accueilli dimanche une rencontre de deux jours réunissant les ministres des Affaires étrangères de l'Arabie saoudite, de l'Égypte et de la Turquie. Selon le Quincy Institute, ces discussions ont porté sur la désescalade et la possibilité d'accueillir des négociations directes entre Washington et Téhéran sur sol pakistanais.

La perturbation du détroit d'Ormuz – par lequel transite environ un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole – a déjà provoqué une hausse des prix de l'énergie, menaçant les chaînes d'approvisionnement mondiales et aggravant les risques d'inflation et d'insécurité alimentaire.

Cette coalition des contraints ne forme pas pour autant un bloc uni. Riyad est surtout préoccupé par sa sécurité et la stabilité du marché pétrolier. Ankara défend son autonomie stratégique. Le Caire, selon le chercheur égyptien Mahmoud M. Abdallah cité par le Quincy Institute, cherche à s'imposer comme un intermédiaire incontournable tout en signalant que les enjeux dépassent largement le champ de bataille. «Le sommet témoigne d'une reconnaissance collective que la désescalade est impérative», estime-t-il.

Les limites structurelles du processus

Plusieurs obstacles majeurs entravent ces efforts. Le Quincy Institute en identifie quatre : le déficit de confiance entre l'Iran et les États-Unis, l'absence d'Israël de tout processus de négociation malgré son rôle central dans la dynamique du conflit, l'ambiguïté stratégique de Washington qui signale une ouverture au dialogue tout en maintenant une pression militaire, et le risque que des pressions extérieures ne réduisent progressivement la marge de manœuvre des acteurs régionaux.

L'entrée en scène de Pékin comme co-médiateur représente, selon Axios, un retournement géopolitique remarquable. Premier partenaire commercial de l'Iran et principal acheteur de son pétrole, la Chine dispose d'une influence réelle à Téhéran et d'un intérêt économique évident à voir le conflit prendre fin.

Trump doit par ailleurs se rendre en Chine en mai, après un voyage reporté en raison de la guerre. La position de Pékin jusqu'ici avait été celle d'une neutralité méticuleuse, concentrée sur des appels au cessez-le-feu et sur la sécurisation du passage de ses propres pétroliers dans le détroit d'Ormuz. Son engagement plus direct aux côtés d'Islamabad marque une inflexion notable – dont la portée réelle dépendra de la volonté des belligérants principaux d'entrer dans le jeu.

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