L'Iran est pour la Chine un fournisseur de pétrole et un partenaire dans la confrontation stratégique avec le grand rival américain. Mais Pékin soupèse son soutien à Téhéran à l'aune des autres intérêts chinois dans la région.
Chine, Iran, la relation est-elle équilibrée ?
La Chine est un partenaire crucial pour l'Iran. Elle était destinataire en 2025 de plus de 80% des exportations de pétrole iranien et donc une pourvoyeuse primordiale de revenus pour un État lourdement sanctionné, selon la société d'analyse Kpler. L'inverse est moins vrai. Le pétrole iranien représente environ 13% des importations chinoises de pétrole par voie maritime, selon Kpler.
Entre les deux, la relation est transactionnelle.
«La Chine s'intéresse d'abord à l'Iran en tant que source de pétrole bon marché», explique William Figueroa, spécialiste des relations sino-iraniennes à l'université de Groningue (Pays-Bas).
Cependant, l'Arabie saoudite, rivale régionale de l'Iran touchée par les frappes de ce dernier, pesait aussi lourd que lui en nombre de barils que la Chine importait directement par la mer en 2025, selon Kpler.
Irak, Oman, Émirats arabes unis sont aussi ses fournisseurs. Les voisins de l'Iran «passent généralement pour offrir tout ce que l'Iran propose, mais dans un environnement bien plus stable et favorable aux États-Unis», dit M. Figueroa.
La Chine a concrétisé une part minime d'un engagement pris en 2021 à réaliser 400 milliards de dollars d'investissements en Iran sur 25 ans. Le volume des échanges commerciaux de la Chine avec l'Iran s'élevait en 2025 à 9,96 milliards de dollars, loin des 108 milliards de dollars avec l'Arabie saoudite, autant avec les Émirats arabes unis.
La Chine soutient-elle militairement l'Iran ?
La Chine a vivement réprouvé les frappes américaines et israéliennes. Elle a implicitement critiqué les frappes iraniennes contre les pays de la région et le blocage du détroit d'Ormuz. Elle n'a donné aucun signe patent d'apporter un soutien militaire à l'Iran.
«Pékin s'est gardé de toute implication militaire ouverte, privilégiant la retenue et la diplomatie», observe John Calabrese, chercheur au Middle East Institute de Washington.
Il est possible que l'Iran utilise le système de navigation par satellite chinois BeiDou pour ses frappes, a avancé un ancien haut responsable du renseignement français, Alain Juillet, sur le podcast indépendant Tocsin.
La Chine a par le passé fourni à l'Iran des drones ainsi que des produits chimiques à double usage, et a «probablement partagé du renseignement» avec l'Iran, dit M. Figueroa. Pékin a démenti des informations de presse selon lesquelles le fabricant chinois de semi-conducteurs Semiconductor Manufacturing International Corporation, la SMIC, avait envoyé du matériel à l'Iran.
Pékin et Téhéran ne sont pas liés par un pacte militaire formel, et les dirigeants chinois refusent de se laisser entraîner dans le conflit. La Chine n'a pas donné suite à la demande du président américain Donald Trump qui aurait voulu la voir contribuer à la réouverture du détroit d'Ormuz.
De quel levier la Chine dispose-t-elle ?
«Les priorités de la Chine sont la stabilité et la continuité: maintenir la fluidité des flux énergétiques, préserver les rapports commerciaux et se positionner en vue du jeu d'influences de l'après-guerre», dit M. Calabrese. Cela implique d'appeler et d'œuvrer à l'arrêt des hostilités dans les meilleurs délais et de multiplier les contacts diplomatiques.
Le succès de ces efforts est aléatoire. La Chine s'est retrouvée dans une «position diplomatique délicate» en se gardant de condamner directement l'Iran tout en dénonçant les atteintes à la souveraineté des pays du Golfe, commente Andrea Ghiselli, maître de conférences en politique internationale à l'université d'Exeter (Royaume-Uni).
«La Chine espère que le conflit s'essoufflera rapidement de lui-même, peut-être sur une défaite américaine. Mais il ne faudrait pas surestimer sa capacité — ni sa volonté — à peser en ce sens sur le cours des évènements», tempère-t-il.
La Chine avait adressé en 2023 un signal fort de son influence grandissante dans la région en œuvrant au rétablissement des relations entre l'Iran et l'Arabie saoudite Mais en 2026 elle ne semble pas être parvenue à pousser l'Iran à cesser de tirer sur ses voisins, partenaires de la Chine.
Quelles opportunités et risques pour Pékin ?
L'éventualité d'un enlisement du grand rival stratégique américain n'est pas pour déplaire aux Chinois. La guerre pose cependant des risques majeurs.
«Cette guerre représente un cadeau formidable pour le ministère chinois des Affaires étrangères, qui n'a qu'à regarder les États-Unis ternir leur propre prestige», dit M. Figueroa.
Mais la flambée des cours du pétrole et l'impact sur les économies à travers le monde sont une menace pour la Chine elle-même. «Sa plus grande vulnérabilité réside dans l'impact que cela aura sur les marchés d'exportation», à commencer par l'Europe, présage Henry Tugendhat, expert au Washington Institute for Near East Policy, «alors que l'économie chinoise demeure désespérément dépendante de la demande extérieure pour soutenir ses objectifs de croissance».
En définitive, Pékin considère Téhéran comme un partenaire utile et une épine dans le pied des États-Unis, mais ne souhaite ni un Iran doté de l'arme nucléaire, ni une instabilité accrue. Pékin «préfère voir à Téhéran un régime qu'il connaît, mais est suffisamment pragmatique pour s'adapter aux changements politiques, comme elle l'a fait à de nombreuses reprises, en Iran par exemple, après la chute du Shah», observe M. Calabrese.
Par Sam DAVIES, AFP



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