Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les prix du pétrole et du gaz ont fortement augmenté. Maroun Chammas, président de l’Association des compagnies importatrices de pétrole au Liban, explique la situation énergétique au Liban et pourquoi les prix des différents carburants évoluent de manière distincte.
Depuis le début de la guerre, la situation énergétique est qualifiée d’exceptionnelle. Pouvez-vous nous en expliquer les raisons?
Depuis le début de la guerre, nous faisons face à une situation inédite depuis plus de 20 ans. C’est un mélange de ce que nous avions connu lors de la pandémie de Covid et de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Plusieurs facteurs se combinent.
Le prix du baril de pétrole ne suit pas celui des produits raffinés: la dynamique est très différente. La demande en diesel et en kérosène (utilisé par les avions, y compris les avions de combat) est devenue énorme. Beaucoup de pays producteurs ou raffinant ces produits ont imposé des restrictions à l’exportation pour conserver ces ressources à des fins militaires. Cela explique que les prix du diesel et du kérosène n’ont pas suivi la même courbe que ceux du pétrole brut. L’essence, en revanche, n’est pas concernée par cette hausse.
Qu’en est-il du gaz et de la situation spécifique du Liban?
La situation du gaz est légèrement différente. Bahreïn et surtout le Qatar, grands producteurs, ont mis certaines de leurs raffineries à l’arrêt à cause des événements, ce qui a provoqué une forte hausse des prix.
Pour le Liban, nous importons du gaz de Grèce ainsi que de pays comme l’Égypte ou la Libye. La production dans ces pays a fortement diminué et le coût du transport maritime a encore alourdi la facture. Les navires-citernes fonctionnent eux aussi au diesel et au fuel (carburant), donc la hausse des prix internationaux se répercute également sur le fret.
Quelles différences de prix ont été observées pour les consommateurs et quelles mesures permettent de limiter leur impact? Que peut-on envisager pour l’avenir?
Nous avons suivi la situation de très près avec les ministères de l’Économie et de l’Énergie et avons pu répondre à toutes les demandes. Au début de la crise, certains consommateurs ont eu peur et ont stocké du carburant chez eux, ce qui est compréhensible.
La demande initiale était très forte, mais elle s’est désormais stabilisée. Les prix suivent le marché international: quand ceux-ci baissent à l’étranger, nous les ajustons également. Il n’est pas possible de protéger complètement les consommateurs des fluctuations internationales.
L’essentiel est qu’il y ait un approvisionnement régulier et qu’il n’y ait pas de blocus maritime. Tant que le contexte géopolitique restera instable, nous devrons continuer à gérer de près l’offre et la demande, tout en restant transparents avec les consommateurs sur l’évolution des prix.

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