Le détroit de Bab el-Mandeb: un autre passage maritime stratégique menacé
Des avions affrétés sont stationnés sur le tarmac à côté des réservoirs de carburant de l'aéroport international de Velana à Malé, le 26 mars 2026, alors que les marchés mondiaux de l'énergie subissent des perturbations en raison du conflit en cours au Moyen-Orient. ©AFP

La menace de Téhéran d'ouvrir un «nouveau front», après Ormuz, dans le détroit de Bab el-Mandeb en cas d'invasion terrestre américaine, rapportée par une agence iranienne, aurait des répercussions économiques catastrophiques, ce passage reliant l'Asie à la mer Rouge et au canal de Suez étant particulièrement stratégique.

 

Où se situe de détroit?

Le Bab el-Mandeb est situé à l'extrémité sud de la mer Rouge: il connecte celle-ci au golfe d'Aden, dans l'océan Indien.

Il s'agit d'un des couloirs maritimes les plus empruntés au monde, reliant notamment l'Europe à l'Asie.

Ce détroit, dont le nom en arabe signifie «la porte des lamentations», sépare le Yémen, sur la péninsule arabique, de Djibouti et de l'Érythrée, en Afrique.

Il est long d'une centaine de kilomètres, et large d'une trentaine de kilomètres entre la localité de Ras Menheli, sur la côte yéménite, et celle de Ras Siyyan à Djibouti, ces deux caps marquant la limite entre la mer Rouge et le golfe d'Aden.

A cet endroit, l'île de Perim, appartenant au Yémen divise le détroit en deux couloirs maritimes.

 

Pourquoi est-il stratégique?

Les pétroliers et navires commerciaux, en provenance de l'océan Indien, passent par ce détroit pour emprunter la mer Rouge puis le canal de Suez, où ils débouchent sur la mer Méditerranée, et vice versa, la seule alternative étant de contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, c'est devenu un point de passage essentiel pour relier le port de Yanbu, en Arabie saoudite, seul hub qui permet au pays de dérouter une partie des volumes qui sont bloqués à cause de la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz orchestrée par l'Iran.

Les chargements de pétrole à Yanbu ont d'ailleurs considérablement augmenté à «environ 4 millions de barils par jour (...) un record absolu», selon Paola Rodriguez-Masiu, analyste chez Rystad Energy.

 

Une zone déjà attaquée

En raison de sa géographie, le détroit est soumis à des risques importants d'attaques par les rebelles Houthis du Yémen, proches de l'Iran.

En 2024, ils avaient notamment conduit des attaques sur des navires marchands, disant agir en solidarité avec les Palestiniens, en ciblant des navires accusés de liens avec Israël, ce qui avait provoqué une réduction durable du transit maritime par la zone.

Même s'il n'y a pas eu d'attaques récemment, «la semaine dernière, le trafic en nombre de navires ne représentait que 55 % du trafic de la même période en 2023», affirme à l'AFP Rico Luman, économiste spécialisé dans les transports chez ING Research.

«La menace est évidemment toujours présente et les Houthis ont déjà réussi par le passé à contrôler le détroit principalement depuis la côte, avec des moyens limités», ajoute-t-il.

 

Une zone fortement militarisée

La région du golfe arabo-persique, qui concentre le canal de Suez et les détroits d'Ormuz et de Bab el-Mandeb, est l'une des plus militarisées au monde.

La plus importante base de l'armée française à l'étranger est ainsi située à Djibouti, comptant quelque 1.500 militaires.

Les Etats-Unis y ont également positionné leur seule base permanente en Afrique (4.000 soldats), tout comme Pékin, qui y a ouvert en 2017 sa toute première base militaire hors de Chine.

 

AFP

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