Un plan américain en 15 points et une réponse de Téhéran posant cinq conditions, le tout transmis via des intermédiaires: les efforts diplomatiques s'activent en coulisses pour mettre fin à la guerre en Iran, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines.
Que contient la proposition américaine?
Après avoir évoqué lundi des discussions «très bonnes» avec une «personne haut placée» non identifiée en Iran, Donald Trump a déclaré mardi avoir transmis un plan. Avec un objectif premier: que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire.
Une proposition en 15 points a alors été communiquée à l'Iran via le Pakistan, selon des responsables pakistanais. Mais le contenu exact reste inconnu, tout comme l'identité de cette «personne haut placée».
D'après le New York Times et Al Jazeera, Donald Trump propose un cessez-le-feu d'un mois, durant lequel les deux parties reprendraient les discussions entamées avant la guerre.
Washington demande notamment à l'Iran de remettre son stock d'uranium enrichi, de cesser tout processus d'enrichissement et d'accepter de limiter son programme de missiles, tout en arrêtant de soutenir des groupes armés dans la région.
Si l'Iran accepte ces conditions et rouvre à la navigation le stratégique détroit d'Ormuz, Trump offrirait en échange une levée de toutes les sanctions qui asphyxient l'économie iranienne, selon les deux médias.
Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a évoqué une possible réunion à Islamabad ce week-end.
Quelles exidences de l’Iran?
Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi parle d'échanges de messages «via des pays amis ou certaines personnes», tout en refusant d'utiliser à ce stade les termes de «dialogue» ou de «négociation».
Des responsables pakistanais et égyptiens ont confirmé jouer un rôle de canaux diplomatiques informels.
L'Iran a ainsi transmis sa réponse mercredi soir aux États-Unis et attend désormais un retour de l'autre partie, selon l'agence de presse Tasnim citant une source anonyme.
Il a posé cinq conditions pour mettre fin aux hostilités, précise-t-elle: la fin de «l'agression», la mise en place d'un mécanisme garantissant que ni Israël ni les États-Unis ne reprendront la guerre, le versement de compensations financières, la définition claire des responsabilités et un arrêt des hostilités sur tous les fronts, ce qui impliquerait qu'Israël cesse ses bombardements contre le Hezbollah pro-iranien au Liban, et potentiellement contre le Hamas à Gaza.
La même source ajoute que Téhéran souhaite une reconnaissance de sa souveraineté sur le détroit d'Ormuz.
Le Wall Street Journal rapporte par ailleurs que l'Iran exige la fermeture des bases militaires américaines dans le Golfe.
Des compromis sont-il possibles?
Selon les analystes, le conflit a renforcé les plus intransigeants à Téhéran, sur fond de défiance envers Washington. Donald Trump a en effet bombardé le pays à deux reprises en pleine phase de négociations, en juin 2025 puis le 28 février.
Face aux accusations des Occidentaux, Téhéran dément vouloir se doter de la bombe atomique, mais défend un droit au nucléaire civil notamment pour l'énergie.
Il refuse également toute limitation de son programme de missiles balistiques et toute discussion portant sur son soutien à des groupes armés comme le Hezbollah ou les Houthis au Yémen.
Dans ces conditions, quelle porte de sortie au conflit ?
Le président américain pourrait se targuer d'un succès en affirmant avoir détruit les capacités militaires et nucléaires de l'Iran — même si l'incertitude demeure autour du sort des réserves de plus de 400 kg d'uranium hautement enrichi.
La République islamique pourrait elle aussi crier victoire, en mettant en avant sa résistance pendant quatre semaines face à l'offensive américano-israélienne, et sa riposte dans la région et en Israël.
«Les deux parties doivent pouvoir revendiquer une victoire et sauver la face, quel que soit l'accord conclu», confie à l'AFP un diplomate basé au Moyen-Orient, sous couvert d'anonymat. «Le processus prendra du temps».
Certains analystes estiment que les tractations actuelles servent d'écran de fumée, alors que Donald Trump préparerait une offensive terrestre pour rouvrir le détroit d'Ormuz par la force ou s'emparer d'actifs pétroliers iraniens.
L'Iran a laissé entendre qu'il pourrait utiliser ses alliés houthis au Yémen pour attaquer la navigation en mer Rouge, ouvrant ainsi un nouveau front dans une guerre aux multiples répercussions.
AFP



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