Un navire transportant plus de 700.000 barils de pétrole brut russe est arrivé aux Philippines, a indiqué jeudi à l'AFP une source proche du dossier, quelques jours après que le pays s'est déclaré en «état d'urgence énergétique» en raison de la guerre au Moyen-Orient.
Le Sara Sky, battant pavillon de la Sierra Leone, a transporté du brut de haute qualité provenant de l'oléoduc russe Sibérie-Pacifique (ESPO). Il est arrivé lundi et destine sa cargaison à Petron, la seule raffinerie de pétrole des Philippines, a précisé la même source, qui a requis l'anonymat.
L'archipel dépend largement des importations de carburant, dont le coût a flambé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran le 28 février.
L'Iran bloque de facto le détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement 20% de la production mondiale d'hydrocarbures, dont une grande partie est destinée au continent asiatique.
Jeudi, un journaliste de l'AFP a aperçu le Sara Sky à l'ancrage dans le port de Limay, près de Manille, où se trouve la raffinerie Petron. La porte-parole de la présidence, Claire Castro, a confirmé l'achat de pétrole russe à la presse.
Il s'agit de la première livraison de pétrole russe aux Philippines depuis cinq ans, selon plusieurs médias.
Petron a refusé jeudi de confirmer l'arrivée de la cargaison. Son directeur général, Ramon Ang, avait affirmé la semaine dernière à l'AFP que l'entreprise était «en pourparlers» pour un éventuel achat de pétrole russe.
De son côté, le président philippin Ferdinand Marcos a déclaré mercredi ratisser large dans la recherche de carburant face à la baisse des stocks, Manille estimant alors qu'il lui restait environ 45 jours de réserves.
«Nous avons essayé d'explorer d'autres sources qui ne sont pas affectées par la guerre en cours», a déclaré le président lors d'une conférence de presse.
«Aucune piste n'est écartée. Nous considérons toutes les possibilités.»
Pour Ser Pena Reyes, économiste à l'université Ateneo de Manille, cet achat de pétrole russe, qui pourra satisfaire environ deux jours de demande nationale, peut contribuer à stabiliser les prix à court terme.
«La Russie peut être un fournisseur complémentaire utile (…) mais les Philippines auront probablement plus à gagner d'une approche équilibrée, consistant à maintenir des liens solides avec leurs partenaires traditionnels tout en investissant progressivement dans les énergies renouvelables et la coopération énergétique régionale», a-t-il expliqué à l'AFP.
Plus tôt ce mois-ci, les États-Unis ont assoupli certaines sanctions, autorisant ainsi l'achat du pétrole russe se trouvant actuellement en mer jusqu'au 11 avril.
Jeudi, le ministère philippin de l'Énergie a débloqué un fonds d'urgence de 20 milliards de pesos (287 millions d'euros) qualifié par la ministre Sharon Garin de «mesure proactive» visant à garantir l'approvisionnement en carburant.
L'archipel prévoit également d'augmenter la production de ses centrales à charbon afin de maintenir des coûts abordables pour l'électricité, a annoncé la ministre mardi.
Par Pam CASTRO / AFP
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