L’Iran peut-il lâcher le Hezbollah? Le prix d’une survie
©Ici Beyrouth

Washington et Téhéran négocient sur une…négociation! Sur la table, un plan américain en 15 points que l’Iran dit avoir rejeté. Parmi ces points, une exigence qui serait lourde de conséquences: le renoncement de Téhéran à ses proxies régionaux, le Hezbollah en tête.

La question n’est plus théorique. Elle est posée noir sur blanc au cœur d’un document diplomatique. Et il faut avoir la lucidité de la formuler sans détour: oui, l’Iran pourrait lâcher le Hezbollah. Il l’a déjà fait, à sa manière, chaque fois que sa survie l’exigeait. Durant la fameuse «guerre de soutien» au Hamas, l’Iran n’a pas bougé le petit doigt pour soutenir la milice.

Quarante ans de propagande nous ont vendu l’«Axe de la Résistance» comme une alliance sacrée, une solidarité indéfectible entre frères d’armes. C’était un mensonge utile.

Ce que Téhéran a construit au Liban, en Irak, au Yémen et en Syrie, ce ne sont pas des alliances, ce sont des instruments: des outils de déstabilisation et de chantage stratégique. Le Hezbollah n’est pas le frère d’armes de l’Iran. Il en est la Légion étrangère.

Parmi les 15 points du plan américain, certains imposent l’abandon du soutien aux alliés de Téhéran dans la région, dont le Hezbollah et le Hamas. Pour les dirigeants iraniens qui ont survécu aux éliminations, à la destruction partielle de leur programme nucléaire et à des semaines de bombardements, cette clause n’est pas une humiliation idéologique. C’est une opportunité de survie déguisée en capitulation.

Car voici ce que l’on refuse d’admettre dans les milieux qui ont mis leurs espoirs dans la «victoire divine»: la République islamique n’a jamais aimé le Liban. Elle a aimé ce que le Liban lui permettait de faire. Un calcul froid qui n’étonne guère ceux qui connaissent l’histoire de l’Empire perse.

Une Histoire faite de trahisons durant les guerres médiques, par exemple, il y a 2.500 ans. La marque de fabrique de la diplomatie perse était l’utilisation abondante de l’or et des armes pour acheter des alliés et semer la discorde parmi les cités grecques.

Aujourd’hui, l’Iran disposerait encore d’un stock significatif d’uranium hautement enrichi, point central des négociations. C’est le vrai trésor du régime, son assurance-vie ultime. Face à ce capital stratégique, le Hezbollah pèse combien?

Une milice décapitée, dont la direction a été liquidée méthodiquement depuis septembre 2024, dont les tunnels ont été détruits, dont les capacités de frappe ont été réduites à une fraction de ce qu’elles étaient. Une milice qui continue de tirer, certes, mais qui ne peut plus prétendre faire trembler Tel-Aviv. Seulement menacer le Liban et sa population.

Pour Téhéran, l’équation est limpide: sacrifier le Hezbollah pour sauver le régime et obtenir une levée des sanctions, c’est un échange rationnel. Totalement plausible.

Et le Liban dans tout ça, me direz-vous ? Le Liban n’a pas voix au chapitre. Il ne l’a jamais eue depuis que le Hezbollah a transformé le pays en QG de la Révolution islamique et ses institutions en caisse de résonance de Qom. Israël a annoncé vouloir occuper, dans le sud du Liban, une zone de sécurité s’étendant jusqu’au fleuve Litani, pendant que Washington et Téhéran négocient l’avenir de notre petit pays.

C’est là l’héritage concret de trente ans d’hégémonie du Hezbollah sur l’État libanais: un pays qui, au moment où son destin se joue, n’existe pas comme interlocuteur. On ne négocie pas avec le Liban. On négocie sur le Liban.

Si demain Téhéran signe et abandonne le Hezbollah à son sort, la milice se retrouvera dans la position exacte qu’elle a toujours refusé d’admettre: celle d’un acteur sans parrain, sans financement externe, sans légitimité régionale, encore moins locale. Un mouvement armé illégal confronté à la question que tous les peuples posent un jour aux milices qui, faussement, prétendent les défendre: qui vous a donné le droit ?

La vérité que certains refusent de voir est que l’Iran n’a pas fabriqué le Hezbollah pour libérer la «Palestine». C’est une vaste fumisterie destinée à une minuscule part d’une opinion publique crédule. Il l’a construit pour tenir le Liban, menacer Israël, peser sur les équilibres régionaux et négocier en position de force. Ce que Trump exige aujourd’hui en 15 points, c’est le dénouement de ce nœud gordien.

Téhéran peut le couper. La vraie question n’est pas de savoir si l’Iran lâchera le Hezbollah. C’est de savoir ce que le Liban fera le jour où il se retrouvera, enfin, seul maître chez lui, s’il a encore la volonté et les institutions pour l’être. Et surtout le courage. Denrée rare à Beyrouth.

Ce jour-là, certains dirigeants auront du mal à se cacher derrière «l’axe de la résistance» pour esquiver leurs responsabilités. Et alors, la souveraineté ne sera plus un slogan. Elle sera une obligation.

Georges Bernanos disait: «Le réalisme, c’est la bonne foi des salauds.»
Et des salauds, on n’en manque pas!

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