Le président américain Donald Trump a effectué un revirement spectaculaire, passant d'une menace d'escalade de la guerre avec l'Iran à l'annonce de "très bons" pourparlers pour y mettre fin, démentis toutefois par la République islamique.
Voici les faits, les spéculations et ce à quoi s'attendre :
Y a-t-il des pourparlers en cours ?
Oui, selon Trump et non selon Téhéran, mais tout dépend peut-être de la manière dont on définit le terme «pourparlers».
M. Trump a affirmé lundi que les États-Unis avaient été en contact avec un dirigeant iranien qu'il n'a pas nommé et qu'il a décrit comme «l'homme qui, je crois, est le plus respecté et le leader». Une personne «très raisonnable», a-t-il précisé. Il a ajouté qu’il ne s'agissait toutefois pas du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei.
Le site d'information Axios, citant un responsable israélien sous couvert d’anonymat, a identifié ce mystérieux interlocuteur comme Mohammad Bagher Ghalibaf, le puissant président du Parlement iranien, l'une des figures non cléricales les plus en vue à Téhéran.
Mais M. Ghalibaf a déclaré qu'«aucune négociation» n’était en cours dans un message publié sur X, ajoutant que cette annonce relevait des «fake news» destinées «à manipuler les marchés financiers et pétroliers et à permettre à ce que les États-Unis et Israël échappent au bourbier dans lequel ils sont empêtrés».
Le New York Times, citant des responsables anonymes, a également indiqué qu'il y avait eu «une communication directe» entre le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi et l'émissaire spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, «ces derniers jours», même si aucune des deux parties ne l'a confirmé. Mais cela ne signifie pas qu'il n'existe possiblement pas d'autres «pourparlers».
«Je ne pense pas qu'ils (les États-Unis) parlent à qui que ce soit. Je crois que cela se passe par le biais d'une médiation», souligne à l'AFP Ross Harrison, un expert de l'Iran au Middle East Institute.
Par quels intermédiaires ?
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a confirmé que des messages avaient été reçus durant le week-end de la part de «certains pays amis faisant part d'une demande américaine de négociations visant à mettre fin à la guerre». Depuis, le Pakistan s'est par exemple dit prêt mardi à accueillir des négociations pour mettre fin au conflit.
L'administration Trump a déjà tenu deux séries de discussions avec l'Iran depuis le retour du dirigeant américain à la Maison Blanche en 2025, chacune s’étant achevée par des attaques surprises américano-israéliennes contre le pays, en juin de l'année dernière et, plus récemment, le 28 février.
Toutes ces négociations étaient indirectes, Oman jouant le rôle de médiateur en faisant la navette entre les deux parties, qui n'entretiennent plus de relations diplomatiques officielles depuis 1980. Oman a été échaudé par ces expériences, mais d'autres pays entretenant des relations amicales avec Téhéran et Washington semblent avoir pris le relais pour faire passer des messages entre les deux camps, principalement l'Égypte, le Pakistan et possiblement la Turquie.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a appelé son homologue iranien Araghchi et l'émissaire Witkoff, dimanche et lundi.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a lui déclaré lundi qu'il s'était entretenu avec le président iranien Massoud Pezeshkian, tandis que le chef de l'armée, Asim Munir, a été en contact avec M. Trump dimanche, selon un article du Financial Times.
Le Pakistan joue déjà le rôle d'intermédiaire diplomatique de l'Iran à Washington, M. Sharif écrivant sur X que son pays était déterminé à jouer «un rôle constructif pour promouvoir la paix dans la région».
Le Qatar, canal officieux fréquent de la diplomatie américaine et israélienne dans la région, a lui exclu de jouer un rôle.
Que couvriront les négociations ?
Principalement, à nouveau, le programme nucléaire iranien, sujet de discussions et de contentieux depuis 2003.
«Nous ne voulons aucun enrichissement, mais nous voulons aussi l'uranium enrichi», a déclaré Donald Trump lundi, en référence au stock connu de 440 kilos d'uranium iranien enrichi à 60%, c'est-à-dire proche des 90% nécessaires pour fabriquer une bombe.
Lors du dernier cycle de discussions avant l'attaque américano-israélienne du 28 février, Téhéran avait proposé de récupérer le stock à partir de ses installations nucléaires bombardées et de le diluer à des niveaux d'enrichissement inférieurs, selon le ministre iranien des Affaires étrangères Araghchi.
Téhéran, qui a toujours nié vouloir se doter de l'arme nucléaire, avait également proposé d'autoriser le retour des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de l’ONU, selon des informations de presse.
M. Trump a déclaré lundi qu’il existait déjà «des points d'accord majeurs» avec les négociateurs iraniens. Mais après avoir été attaqué à deux reprises, l'Iran va désormais probablement chercher à obtenir des garanties de non-agression à l'avenir, une compensation financière pour les bombardements et une levée des sanctions.
Le contrôle exercé par l’Iran sur le détroit d'Ormuz, une voie maritime vitale pour le transport de pétrole et de gaz qui est de facto fermée, lui confère un levier dont il ne disposait pas lors des précédents cycles de discussions.
«Je suis très sceptique parce que la confiance est réduite à néant avec l'intervention israélo-américaine et que les positions des belligérants sont plus éloignées que jamais», confie à l'AFP David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, un groupe de réflexion basé à Paris.
«La marge de manœuvre est très faible de part et d'autre», poursuit-il.
AFP



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