Le port de Beyrouth sera-t-il exclu du plan d’hébergement des déplacés?
Une femme déplacée est assise près de sa tente dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 22 mars 2026. ©DIMITAR DILKOFF / AFP

Des informations ont circulé cette semaine, évoquant une proposition attribuée aux autorités locales et gouvernementales, qui viserait à transformer d’anciens locaux de l’institution des marchés de consommation au port de Beyrouth, fermés depuis des années, en centre d’hébergement pour les déplacés de la guerre. Ce projet a suscité une vague de contestations politiques et populaires.

En début de soirée de dimanche, la Cellule de gestion des risques de catastrophes à la présidence du Conseil des ministres a publié un communiqué dans lequel elle dément les informations circulant au sujet du site en cours d’aménagement à la Quarantaine, les qualifiant d’infondées.

Elle précise que ce site est préparé à titre «strictement préventif et non pour une utilisation immédiate», ajoutant que sa destination finale n’a pas encore été déterminée.

La Cellule souligne également que l’emplacement se situe en dehors du périmètre du port de Beyrouth et n’affecte en rien le fonctionnement ni les opérations portuaires. Le site se trouve en outre à environ un kilomètre des zones résidentielles. Elle assure que toute mise en service éventuelle s’accompagnera des mesures nécessaires pour garantir la sécurité publique et préserver de bonnes relations avec la communauté locale, précisant que la zone est placée sous la supervision de l’armée et des forces de sécurité compétentes.

Enfin, la Cellule appelle à «un traitement responsable et apaisé de ce dossier, loin de toute désinformation ou exagération, dans l’intérêt général, la préservation de l’unité nationale et la stabilité du pays».

Pour sa part, le député Nadim Gemayel, qui suit de près ce dossier, a indiqué dimanche soir depuis le Grand Sérail que le centre de la Quarantaine a été aménagé mais ne sera pas utilisé pour l’instant, à l’issue d’un entretien avec le Premier ministre Nawaf Salam.

Ces déclarations surviennent dans le contexte d’une situation critique liée au déplacement massif occasionné par la récente escalade militaire. 

Alors que la majorité des déplacés – plus de 1,3 million de personnes – ont trouvé refuge dans des centres d’accueil ou chez des proches après plus de quinze jours de déplacement forcé, environ 5.000 d’entre eux restent sans solution durable. Installés le long du littoral de Beyrouth ou dans la zone de Qasqas, à proximité de la banlieue sud, certains vivent sous des tentes, d’autres dans leurs véhicules, dans des conditions précaires aggravées par les intempéries.

Dès les premiers jours de la crise, les acteurs politiques et associatifs à Beyrouth étaient convenus de la nécessité de remplacer les campements de fortune, jugés dangereux et inadaptés, par des structures d’accueil plus sûres. C’est dans ce contexte que l’option des locaux du port avait été avancée, avec l’approbation du conseil municipal de Beyrouth, du gouverneur Marwan Abboud et de l’unité de gestion des catastrophes.

Mais l’initiative s’est rapidement heurtée à des objections. Le député Nadim Gemayel a ainsi rejeté le projet sur la plateforme X: «Nous n’accepterons pas que le port de Beyrouth devienne un “détroit d’Ormuz 2”». De son côté, le député Ghassan Hasbani a évoqué les craintes des habitants d’Achrafieh, liées notamment à la mémoire du 4 Août 2020, ainsi que le risque d’entraver le fonctionnement d’une infrastructure stratégique.

Un membre du conseil municipal a toutefois défendu ce choix, affirmant au quotidien An-Nahar qu’il avait été retenu après l’examen et le rejet d’autres alternatives. Il a également précisé que le centre devait accueillir environ 2.000 personnes – et non 8.000 comme avancé – sous la gestion d’organisations telles que Caritas et les Scouts du Liban, et non de partis politiques.

À présent, face à la saturation des centres d’accueil dans la partie ouest de Beyrouth, les autorités cherchent de nouvelles solutions. Les discussions portent sur la création de structures supplémentaires en périphérie de la capitale, tout en tenant compte de la réticence des déplacés à s’éloigner de Beyrouth, préférant souvent rester dans la rue plutôt que de rejoindre des régions plus éloignées.

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