Au Liban, les prix du carburant s’envolent au rythme des secousses des marchés pétroliers mondiaux. Guerre au Moyen-Orient et crise énergétique ravivent un scénario bien connu: explosion des abonnements aux générateurs privés, flambée des bonbonnes de gaz et hausse des prix à la pompe. Les factures s’accumulent, accentuant un sentiment d’asphyxie économique. Si le contexte international alimente cette hausse, il ne fait que révéler, une fois encore, les excès d’un marché local aux marges difficilement contrôlables. Des abonnements doublés en quelques jours Bernadette, habitante d’un quartier relativement sûr de Beyrouth, raconte avoir reçu un appel de son fournisseur de générateur, au sixième jour du début des hostilités, lui annonçant que son abonnement mensuel passerait de 100 à 200 dollars, à partir du 1er mars 2026. Cette augmentation de 100% reflète la situation vécue par de nombreux Beyrouthins. Les abonnements, payés en devises fortes un mois à l’avance, subissent directement les variations des prix du diesel. Mais sur le terrain, ces hausses dépassent largement les seules fluctuations des coûts. Faute de régulation effective, certains opérateurs imposent leurs tarifs sans justification transparente, transformant un service essentiel en source de profits opportunistes. Une nuance importante apparaît toutefois entre ces pratiques observées et les estimations avancées par le représentant du secteur. Discours officiel et réalité sur le terrain Le président du syndicat des propriétaires de générateurs, Abdo Saadé, confirme que toute hausse du prix du diesel se répercute immédiatement sur les abonnements. Selon lui, si les prix augmentent de 40 à 50%, un citoyen payant 100 dollars par mois devra désormais débourser environ 150 dollars. Un écart notable avec les hausses constatées sur le terrain, qui suggère un décalage entre les calculs officiels et les pratiques réelles. Pour certaines familles à revenu limité, les dépenses énergétiques pourraient représenter 44% de leur revenu global, selon des chiffres relayés par les médias. Les prix du ministère de l’Énergie et de l’Eau Officiellement, le bidon de mazout se vendait fin février à 1.400.000 livres libanaises, tandis que le kilowattheure (kWh) coûtait 30.244 livres en ville et en montagne. À la mi-mars, ces tarifs ont grimpé à 2.051.000 livres le bidon et à 42.582 livres le kWh en ville, 46.840 en montagne, avec une tendance à la hausse avant l’émission des prochaines factures. Dans ce même contexte de flambée des prix, la bonbonne de gaz enregistre une hausse particulièrement marquée. Vendue autour de 1.200.000 livres libanaises (13 dollars) en janvier 2026, elle est passée à 1.370.000 livres en février, avant de poursuivre sa progression début mars, oscillant entre 1,4 et 1,6 million de livres. Au 19 mars, son prix a atteint 1.803.000 livres (20,14 dollars), soit une augmentation de près de 50,25% en l’espace de trois mois. Transport: taxis privés et chauffeurs, une hausse modérée Dans le transport, les compagnies de taxi semblent modérer leurs hausses pour maintenir les clients. Un trajet Acharfieh – Aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri (10 km) est désormais facturé entre 1.000.000 et 1.700.000 livres - aller-, contre 700.000 et 800.000 -retour- auparavant. En revanche, les chauffeurs de taxi que l’on hèle dans la rue se trouvent dans une situation précaire. Entre hausse des coûts de maintenance et baisse de la clientèle, certains sont contraints de refuser des courses faute de paiement suffisant. Selon Fadi Abou Chakra, président du syndicat des distributeurs de produits pétroliers, le prix du bidon d’essence a atteint mi-mars 2,289 millions de livres (25,5 dollars) et celui du diesel 2,122 millions de livres (23,7 dollars). L’économie de la peur touche les produits alimentaires La hausse touche également les produits de première nécessité. Les denrées alimentaires non durables, fruits et légumes, ont vu leurs prix grimper d’environ 20%, souvent indépendamment du coût réel de production. Ce phénomène illustre ce que les économistes appellent l’économie de la peur, où les consommateurs anticipent le pire et achètent par précaution. Pourtant, les importateurs et supermarchés assurent que la distribution n’est pas limitée et que les stocks actuels suffisent aux besoins locaux pour trois mois, avec des importations qui se poursuivent à un rythme soutenu. Le transport maritime dans la région méditerranéenne reste opérationnel, permettant un approvisionnement stable malgré la crise. Au final, au Liban, la guerre et la crise énergétique font grimper toutes les factures: énergie, carburant, nourriture. Mais si les prix s’envolent, l’offre reste disponible, laissant le consommateur face à une économie dominée par la peur plutôt que par la pénurie réelle.

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