L’armée israélienne a affirmé jeudi avoir mené l’une de ses opérations les plus «significatives depuis le début de la guerre», après avoir bombardé des installations portuaires et des navires iraniens en mer Caspienne.
Les cibles frappées dans le port comprenaient «des installations portuaires et une base de la marine iranienne où étaient stationnés des dizaines de bâtiments militaires, notamment des navires lance-missiles et des vedettes de patrouille», a précisé l’armée israélienne dans un communiqué.
Située tout au nord de l’Iran, à l’opposé du détroit d’Ormuz, la mer Caspienne n’apparaît pas de prime abord comme une priorité stratégique dans la guerre qui oppose Israël et les États-Unis à l’Iran. En effet, bien qu’elle soit relativement proche de la capitale iranienne Téhéran (environ 2h30 en voiture), elle ne semble pas revêtir une importance militaire et politique forte pour le pays.
Dès lors, dans quel but Israël aurait mené une opération « significative » dans cette région ? À ce stade, les explications restent au niveau de l’hypothèse.
Une mer riche en ressources
Plus vaste étendue d’eau continentale au monde, la mer Caspienne est partagée entre cinq pays : la Russie, l’Iran, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Kazakhstan.
La mer Caspienne a tiré une importante célébrité de par sa production de caviar, grâce à la présence d’esturgeons belugas dans ses eaux. Cependant, jusqu’en 1953, la Russie a exercé un monopole sur le commerce de caviar. Cette année-là, le Premier ministre iranien Mohammad Mosaddegh signe un contrat avec l’URSS pour bénéficier de la pêche d’esturgeon.
À cette époque, la mer Caspienne fournit près de 90% de la production mondiale de caviar, et le marché est très lucratif. Avec la chute de l’Union soviétique, tous les pays limitrophes de la mer Caspienne se lancent dans le commerce de caviar. Surexploitée et en proie au braconnage, l’espèce est alors menacée d’extinction.
En 1997, l’esturgeon devient une espèce protégée. Au fur et à mesure des contrôles et des interdictions, la production du caviar russe et iranien décline, d’autant que de nouveaux producteurs s’imposent sur le marché comme la Chine, l’Italie et la France. Ces derniers sont désormais les trois premiers producteurs au monde de caviar, grâce à l’élevage.
La mer Caspienne possède également d’importantes ressources naturelles, notamment en pétrole et en gaz. Elle disposerait ainsi, selon les estimations, d’environ 3,4% des réserves mondiales de pétrole et entre 4 et 6% des réserves mondiales en gaz. Le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan possèdent les plus importants gisements de la mer sur leurs côtes, suivis par la Russie et le Turkménistan, mais à une échelle moindre. L’Iran, de son côté, n’a lancé des prospections dans la mer Caspienne qu’en 2004, qui n’ont pas donné de résultats significatifs.
Ainsi, l’Iran profite dans les faits assez peu des richesses de la mer Caspienne. Il en tire cependant certains intérêts tant sur le plan interne que régional.
Un accès néanmoins stratégique
Malgré ces ressources limitées, la façade caspienne de l’Iran conserve une importance stratégique. Les provinces côtières du nord, notamment Gilan, Mazandaran et Golestan, bénéficient d’un climat plus humide et tempéré que le reste du pays. Cette région constitue une destination touristique prisée pour les Iraniens, et connait également une agriculture florissante. Elle permet également à l’Iran de développer des relations régionales avec ses voisins.
Le 18 novembre, lors de la première réunion des gouverneurs des provinces littorales caspiennes, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, affirmait ainsi que «la mer Caspienne, à l’instar du golfe Persique, revêt une importance vitale pour le pays, et des relations étroites existent et se poursuivent avec ses voisins riverains».
En effet, face aux sanctions internationales, l’Iran a besoin de canaux alternatifs pour développer son économie. Il s’agit également de la voie maritime la plus courte qui relie la Russie à l’Iran. La semaine dernière, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé la Russie de fournir des drones et une aide logistique à l’Iran. Si ces accusations sont vraies, les livraisons seraient logiquement acheminées via la mer Caspienne. Cela pourrait ainsi expliquer les frappes israéliennes dans cette zone.
Cependant, selon le journal israélien The Times of Israel, les cibles frappées ne constituaient pas «une menace directe pour Israël» mais les vedettes lance-missiles visées auraient pu représenter une «menace pour les avions israéliens opérant au-dessus de l’Iran».
Toujours selon le journal, «les préparatifs de la frappe n’ont commencé qu’il y a quelques jours, et ces navires ne figuraient pas parmi la liste initiale des cibles militaires en Iran», mais se sont produits suite à la localisation des navires par des chercheurs de la division du renseignement naval israélien.
Ainsi, bien que la mer Caspienne reste un emplacement stratégique sur le plan régional pour l’Iran, et particulièrement dans ses relations avec la Russie, elle n’est en rien comparable à l’importance du détroit d’Ormuz.



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