«Résistance» un mot pour des maux
©Ici Beyrouth

Panneau «interdit de marcher sur la pelouse» planté au milieu d’un champ de mines. C’est l’image qui vient à l’esprit quand on observe certaines initiatives du gouvernement libanais.

Cette semaine, celui-ci a suggéré aux médias de bannir le mot «résistance» pour désigner le Hezbollah. Comme si, par la magie du vocabulaire, la réalité allait enfin obéir aux communiqués officiels.

Quelques jours plus tôt, le conseil des ministres avait déclaré illégales les activités militaires du Hezbollah sur le territoire libanais.

Sur le papier, c’est une révolution.

Sauf qu’au Liban, tout cela ressemble à une suggestion polie adressée à des gens qui ont des missiles.

Car pendant que l’État prenait ces mesures timides, le Hezbollah lançait des roquettes…et des menaces adressées à ce même État, qualifié de «traître» par des responsables de la milice. Avec une promesse: on vous réglera votre compte après la guerre. 

Le «message» s’adresse en réalité à tous ceux, soit l’immense majorité des Libanais, qui osent mettre en doute le bien-fondé de la guerre pour l’Iran, lancée par la milice sur injonction des gardiens de la révolution. Sans consultation et sans mandat. Au mépris de la souveraineté du pays et de la vie de sa population. 

Mais dans le fond, on ne devrait pas s’étonner, parce que tout cela n’est pas bien nouveau. 

Depuis 33 ans, le scénario se répète avec une régularité mécanique. 1993, Israël intervient au Liban. 1996, Israël intervient au Liban. 2006, Israël intervient au Liban. 2024, Israël intervient au Liban. 2026, Israël intervient au Liban.

À chaque fois, le même déclencheur: une provocation du Hezbollah. Une opération. Un tir de roquettes. Un enlèvement. Et à chaque fois, ce sont les Libanais qui paient la facture. Un million de déplacés ces deux dernières semaines. Des villages rasés et des quartiers entiers détruits.

Israël n’entre pas au Liban par plaisir. Il entre parce qu’on lui en donne le prétexte.

Et ce prétexte, à chaque fois, c’est le Hezbollah qui le fabrique.

Alors posons la question sérieusement: au nom de qui ?

Certainement pas du peuple libanais. Les Libanais n’ont jamais voté pour ces guerres. Ils n’ont jamais été consultés. À chaque cycle, ils ont tout perdu, leurs maisons, leurs économies, leurs proches…pour la gloire des ayatollahs iraniens. 

Car c’est là le cœur du problème.

Le Hezbollah ne répond pas au Liban. Il répond aux mollahs.

C’est le bras armé des Gardiens de la Révolution iraniens. Un pion stratégique au service d’une puissance étrangère qui se bat jusqu’au dernier Libanais pour maintenir son influence régionale. Téhéran fixe les objectifs. Le Hezbollah appuie sur la gâchette. Et le Liban encaisse.

Une résistance se bat pour libérer son pays. Elle obéit à un projet national. Elle rend des comptes à la nation.

Ce que nous décrivons ici, c’est l’inverse exact.

Un mouvement qui impose la guerre sans mandat populaire, qui sacrifie son propre pays sur l’autel de la folie sanguinaire des mollahs, qui confisque la souveraineté libanaise au profit d’une puissance étrangère, ce mouvement n’est pas une résistance.

C’est une «résistance contre la volonté de son propre peuple.

Et cela mérite un autre qualificatif. Celui de vassal. 

Et puisqu’il n’y a plus que la providence pour sauver ce qui reste de ce petit pays, citons l’Évangile selon Matthieu. Il est écrit: «Nul ne peut servir deux maîtres.»

Mais gageons que la lecture de l’Évangile est inversement proportionnelle à la longueur de certaines barbes.

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