Prix de l'énergie: les leviers limités d'une Europe sous pression
Cette photographie montre le panneau des prix quotidiens de l’E10, SP98, diesel Supreme et diesel dans une station-service TotalEnergies à Saint-Léonard, dans le nord de la France, le 9 mars 2026. ©Sameer Al-Doumy / AFP

Sur fond de flambée des prix à cause de la guerre au Moyen-Orient, les ministres de l'Énergie des Vingt-Sept se retrouvent lundi à Bruxelles, mais les leviers pour contenir les coûts de l'énergie restent limités.

La réunion sert à préparer un sommet entre chefs d'État et de gouvernement de l'UE jeudi dans la capitale européenne.

Les États en première ligne à court terme

La réponse immédiate à l'envolée du pétrole et du gaz est passée par les États et par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), et pas directement par l'Union européenne.

Mercredi dernier, les 32 pays membres de l'AIE dont les États-Unis, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie, le Japon et le Canada (les pays du G7) ont décidé de débloquer massivement des réserves stratégiques de pétrole pour tenter de contenir la flambée.

Au sein de l'UE, la Croatie et la Hongrie ont annoncé le plafonnement des prix des carburants.

La Grèce a quant à elle plafonné les marges sur les prix à la pompe pour éviter la spéculation.

La France, déjà dans le rouge sur le plan budgétaire, a renforcé ses contrôles dans les stations-service pour éviter que la guerre au Moyen-Orient ne serve de prétexte à des hausses abusives. Et le géant TotalEnergies a plafonné ses prix à la pompe, après des appels du pied du gouvernement.

Concernant l'énergie et le prix de l'électricité, le commissaire européen Dan Jorgensen a suggéré aux États qui «le peuvent» de baisser les taxes, mentionnant une potentielle réduction de la facture des consommateurs de 200 euros par an en moyenne.

Encore faut-il avoir des marges de manoeuvre au niveau budgétaire.

Débat récurrent sur le marché de l'électricité

Au sein de l'Union européenne, la crise a relancé un débat aussi vif que récurrent sur le fonctionnement du marché de l'électricité.

En Europe, le prix de l'électricité est largement déterminé par celui du gaz car il est calculé à partir de la dernière centrale utilisée pour satisfaire la demande, soit souvent les centrales à gaz quand la consommation augmente.

«Tant qu'on est obligé d'appuyer sur les centrales thermiques aux heures de pointe, le prix marginal sera toujours déterminé par l'énergie fossile», souligne l'économiste Marc Baudry.

Ce chercheur de la chaire d'économie du climat (Paris Dauphine) ne s'attend «pas à un grand soir» sur le sujet, car réformer le marché de l'électricité «est très compliqué à faire».

L'Union européenne avait déjà adopté une réforme en mai 2024, après des débats acharnés.

Mais une partie de l'industrie et certains États, l'Italie en tête, appellent à changer les règles.

Sous pression, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, «étudie la possibilité» de subventionner, voire de plafonner le prix du gaz utilisé dans la formation du prix de l'électricité.

L'UE avait déjà opté pour un mécanisme de correction de marché de ce type fin 2022 après l'envolée des prix liée à la guerre en Ukraine, mais ne l'a jamais déclenché, tant les conditions pour y recourir étaient nombreuses.

Et le coût de l'énergie, au moins trois fois plus cher qu'aux États-Unis, a d'abord une explication structurelle: l'absence de ressources fossiles dans l'UE.

D'où les appels de la Commission à accélérer la décarbonation de l'industrie.

Bras de fer sur la tarification du carbone

Autre revendication de pays d'Europe centrale et de l'Italie, réformer voire suspendre le marché du carbone dans l'UE.

Une large partie de l'industrie, dont la chimie allemande, impute une part de la facture de l'énergie au prix du CO₂, autour de 70 euros la tonne actuellement.

Depuis 2005, l'Union européenne a créé ce marché des quotas d'émissions carbone, un outil pionnier dans la lutte contre le changement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO₂, les producteurs d'électricité et les industries énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) doivent acheter des «permis de polluer» sur le marché européen des quotas carbone, baptisé «ETS» en anglais.

Le total des quotas baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins.

Pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits d'émissions sont alloués mais ils sont réduits progressivement, jusqu'à disparaître d'ici 2034.

Des industriels voudraient que les quotas gratuits perdurent.

La Commission européenne n'a pas l'intention de réformer fondamentalement ce marché, mais étudie des flexibilités.

Huit États, dont la Suède, l'Espagne ou les Pays-Bas, ont appelé à ne pas remettre en cause cette tarification du carbone, «pierre angulaire de la politique climatique de l'UE».

 

AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire