Ces derniers jours, comme ce fut le cas lors de la guerre de 2024, de nombreux habitants de diverses régions libanaises ont reçu des appels, messages ou même des tracts leur ordonnant d’évacuer certaines zones. Rapidement, ces alertes se sont multipliées sur les réseaux sociaux ou via les services de messagerie instantanée, semant la panique dans des quartiers déjà fragilisés par l’instabilité régionale.
Selon une source sécuritaire interrogée par Ici Beyrouth (IB), la situation est complexe: «Si bon nombre d’alertes peuvent être lancées par des tiers extérieurs qui ne mesurent malheureusement pas l’ampleur de tels actes, d’autres au contraire relèvent d’une stratégie bien mesurée, émanant de services étrangers». Destinés à créer la peur et la confusion à des fins de guerre psychologique, ces avertissements proviennent, pour la plupart, de pays européens, mais aussi de Syrie ou de Turquie, comme confié à IB.
«Les Forces de sécurité intérieure (FSI) essayent de vérifier chaque numéro signalé, mais cela prend du temps, la coordination étant difficile face à un phénomène provenant souvent de l’étranger. Les citoyens nous appellent et nous commençons alors à identifier d’où proviennent ces messages», poursuit-on de même source.
Une arme psychologique redoutable
Les avertissements circulent par différents canaux: appels téléphoniques, SMS, messages sur les réseaux sociaux et parfois même par tracts dans certains quartiers. Leur origine est souvent difficile à tracer, ce qui complique la réponse des autorités. Selon la source sécuritaire susmentionnée, il n’existe pas d’organe spécifique pouvant confirmer la véracité de ces alertes: «Les citoyens contactent souvent le 112 (numéro des FSI) pour rapporter certains faits du genre, mais cela reste difficile à gérer».
Il faut dire que les fausses alertes jouent un rôle stratégique dans la guerre psychologique. Elles visent à semer la peur et la panique, perturber la vie quotidienne et créer un climat de méfiance généralisé. Même si elles ne provoquent pas de dommages physiques directs, leurs effets peuvent être considérables: stress accru, mouvements précipités et réactions parfois dangereuses, surtout dans des zones densément peuplées.
À ce sujet, un communiqué de l’armée libanaise, publié vendredi, vient renforcer la vigilance. Il signale qu’un avion israélien a largué des tracts au-dessus de Beyrouth comportant des codes QR renvoyant vers une application WhatsApp et vers la plateforme Facebook et qui permettraient de contacter l’unité de renseignement humain «unité 504» de l’armée israélienne, chargée du recrutement d’agents.
Pour contextualiser, l’unité 504 est une unité d’élite du renseignement militaire israélien, «spécialisée dans la collecte de renseignements humains en territoire ennemi». Elle opère en recrutant des agents et des informateurs, en interrogeant des prisonniers de guerre et en menant des opérations clandestines, notamment à l’extérieur des frontières israéliennes. Sa mission principale est de recueillir des renseignements essentiels en interagissant directement avec des sources humaines, ce qui en fait un acteur central dans la guerre psychologique et l’espionnage.
Le commandement de l’armée a ainsi mis en garde les citoyens contre les risques liés au scan de ces codes et à l’accès à ces liens, en raison des responsabilités légales, des risques sécuritaires et de la possibilité de piratage des téléphones portables et d’accès aux données personnelles.
Outre les champs de bataille, la guerre s’invite désormais dans nos téléphones, nos messageries et nos immeubles. Ainsi, savoir distinguer l’alerte de la manipulation devient un enjeu de sécurité à part entière.




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