Si l’histoire parlait, elle instruirait
©Ici Beyrouth

La phase actuelle ressemble à bien des égards à celles qu’a traversées le Liban depuis son indépendance. Il est d'autant plus regrettable de constater que les leçons qui devraient être tirées de ces épisodes ne semblent pas présentes à l’esprit des responsables, et que l’État ne perçoit pas, dans ce qui se déroule aujourd’hui, l’urgence d’agir et de traiter la question de manière décisive.

Aujourd’hui, les principaux acteurs sur le terrain sont les Américains et les Israéliens, compte tenu des évolutions militaires et sécuritaires dans la région. À ceux-ci pourraient s’ajouter d’autres acteurs susceptibles de jouer un rôle à l’avenir, notamment la Syrie.

Il n’en reste pas moins qu’attendre ce qui adviendra constitue, pour l’État libanais, l’une des plus grandes erreurs qui puissent être commises, du seul fait qu’une telle attitude ouvre la voie à des ingérences étrangères infinies.

En 1958, les Américains étaient intervenus en débarquant sur les côtes libanaises pour faire face à l’expansion du nassérisme au Liban. Cependant, à l’époque, l’État libanais n’était pas en mesure d’affronter la situation, et Fouad Chéhab avait choisi d’adopter une posture de neutralité, sans trancher la question.

En 1976, alors que l’armée était incapable d’assumer ses missions et que l’État libanais ne parvenait pas à obtenir un cessez-le-feu, la Syrie était intervenue sous l’impulsion de Hafez el-Assad, qui cherchait à prendre le contrôle du Liban. À cette époque, les chrétiens comptaient parmi les plus fervents partisans d’une aide syrienne pour se débarrasser de l’Organisation de libération de la Palestine.

En 1982, face à l’incapacité d’éliminer l’OLP, Israël est entré au Liban, avançant jusqu’à Beyrouth. Il ne s’en est retiré qu’en 2000, laissant derrière lui une nouvelle forme d’extrémisme dans la région: le Hezbollah, soutenu par la révolution islamique en Iran. Là encore, l’État libanais n’avait pas été en mesure d’assumer ses responsabilités.

Ce ne sont que trois épisodes qui illustrent la répétition des mêmes acteurs et des circonstances similaires. Ce qui se produit aujourd’hui n’est rien d’autre que l’absence de l’État, une absence qui pousse les Américains à intervenir, les Israéliens à envisager une incursion terrestre, et les Syriens à se préparer, eux aussi, à une éventuelle campagne au sol.

L’histoire se répète de manière effrayante au Liban. L’absence de l’État, qui avait conduit autrefois à deux occupations, syrienne et israélienne, semble aujourd’hui se reproduire, sous une forme différente.

Mais si Israël entre au Liban, rien ne garantit qu’il se retirera comme en 2000. Un tel retrait pourrait n’intervenir qu’après l’obtention de toutes ses conditions, sans laisser au Liban la moindre marge de négociation.

D’un autre côté, si la Syrie intervient, rien ne garantit non plus qu’elle se retirera avant de longues années, ni que sa présence resterait confinée au même cadre, surtout si l’équilibre des forces venait à évoluer. C’est ce qui s’était produit en 1978 lorsque Anouar el-Sadate signa la paix avec Israël: Hafez el-Assad s’était alors retourné contre les chrétiens qui l’avaient appelé à la rescousse, bombardant Achrafieh pendant cent jours.

Dans ces circonstances, si l’État n’agit pas concrètement, il sera impossible d’éviter ces crises et leurs graves répercussions. L’histoire pourrait alors ouvrir un nouveau chapitre dans la longue série des occupations qui ont marqué le Liban.

 

 

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