La publication récente d’un communiqué attribué à de supposés « officiers nationalistes » dans un quotidien affilié au Hezbollah n’a laissé que peu de place au doute pour de nombreux observateurs. Derrière ce texte, dont l’authenticité est largement contestée, se dessine une tentative évidente de pression sur l’armée libanaise.
Le message implicite est clair : toute tentative de l’institution militaire d’appliquer pleinement les décisions du pouvoir exécutif ou d’exercer son rôle primordial pourrait provoquer des divisions internes.
Cette rhétorique n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une stratégie récurrente consistant à invoquer la préservation de l’unité nationale pour empêcher l’État d’imposer son autorité face à une organisation armée opérant en dehors du cadre légal et commandée par un pays étranger.
Une guerre décidée en dehors de l’État
Dans les faits, le Hezbollah a, une fois de plus, entraîné le Liban dans une confrontation militaire dévastatrice sans consulter ni le gouvernement ni l’armée nationale. Pourtant, ce même groupe continue d’affirmer qu’il agit pour défendre l’honneur de l’armée et la souveraineté du pays.
Cette contradiction flagrante résume à elle seule l’absurdité de la situation libanaise : une milice armée d’obédience iranienne prétend défendre une institution dont l’autorité est précisément minée par sa propre existence.
Car la réalité est brutale. Tant qu’une organisation militaire parallèle conserve son arsenal, l’État libanais reste amputé de sa souveraineté. L’armée se retrouve alors placée dans une position impossible : responsable de la sécurité nationale sans disposer du monopole de la force.
Une pression croissante sur l’institution militaire
Les développements récents semblent également avoir adressé un signal préoccupant aux partenaires internationaux du Liban. L’institution militaire avait pourtant affirmé que le désarmement des groupes armés au sud du fleuve Litani avait été mené à bien, conformément aux engagements pris par l’État libanais.
Les événements récents sont toutefois venus jeter un doute certain sur ces assurances et risquent d’accentuer les interrogations de ces partenaires, notamment américains, qui ne dissimulent désormais plus leur mécontentement ni leur frustration face à cette situation.
Mais cette frustration est également partagée par les Libanais eux-mêmes, lassés de voir leur État paralysé par des forces qui agissent en dehors de tout cadre légal.
La rhétorique du « peuple contre l’armée »
Face aux critiques, les relais politiques et médiatiques du Hezbollah continuent d’avancer un argument familier : toute tentative de l’État d’imposer son autorité serait interprétée comme une agression contre une composante du peuple libanais.
Cette logique vise à installer la crainte d’une confrontation interne afin de dissuader toute initiative de l’État. Pourtant, cet argument perd aujourd’hui toute sa force.
De plus en plus de voix issues de la communauté chiite commencent à s’exprimer publiquement pour réclamer la protection de l’État. Certaines venant de cercles proches du Hezbollah.
Ces Libanais affirment clairement leur attachement au Liban et refusent d’être assimilés à un projet régional qui dépasse leurs propres intérêts nationaux.
Ces prises de parole restent encore rares, mais leur importance est considérable. Elles démontrent que la communauté chiite libanaise n’est ni monolithique ni entièrement acquise à la logique de confrontation permanente imposée par la stratégie iranienne. Beaucoup aspirent simplement à vivre dans un État normal où la sécurité est assurée par des institutions légitimes.
Ces voix pourraient se multiplier si l’État libanais — à travers son armée — parvenait enfin à démontrer sa capacité à exercer son autorité sur l’ensemble du territoire. Tant que l’État hésite ou recule, les citoyens restent prisonniers d’un système où personne n’ose parler le premier. Mais dès que l’autorité publique s’affirme, le rapport de force social peut évoluer rapidement.
Le mythe des armes comme levier de négociation
Un autre argument régulièrement utilisé par les défenseurs du Hezbollah concerne la valeur supposée de ses armes dans les négociations avec Israël. Selon cette logique, l’arsenal du mouvement constituerait une carte stratégique indispensable pour obtenir des concessions territoriales.
Cet argument est pourtant l’un des plus fragiles du discours du camp du Hezbollah. Depuis mai 2000, la justification principale de la poursuite de la lutte armée reposait sur la question des fermes de Chebaa et des collines de Kfarchouba.
Or, malgré plus de deux décennies écoulées, le régime syrien de Bachar el-Assad n’a jamais fourni la preuve officielle confirmant sans ambiguïté le caractère libanais de ces territoires. Cette ambiguïté n’est pas anodine : elle a permis de maintenir artificiellement un prétexte à la poursuite d’une stratégie iranienne depuis le territoire libanais, alors même que l’usage de ces armes a clairement démontré qu’elles échappaient au contrôle de l’État libanais, ce qui souligne la contradiction et affaiblit fortement la crédibilité de cet argument.
L’armée, symbole et réalité de la souveraineté
Dans ce climat de tensions politiques et sécuritaires, les déclarations répétées sur « l’amour de l’armée » occupent une place centrale dans le discours public. Mais cet attachement ne peut se limiter à des slogans ou à des gestes symboliques.
Dans toutes les sociétés, qu’elles soient au Levant ou en Occident, la fierté envers l’armée repose sur un principe simple : l’institution militaire incarne la souveraineté nationale et protège la sécurité collective face aux menaces extérieures.
Cet attachement s’exprime également comme une forme de reconnaissance envers les hommes et les femmes qui choisissent de servir leur pays. Officiers et soldats assument une mission exigeante, souvent au péril de leur vie, pour défendre l’intégrité du territoire et la sécurité de leurs concitoyens.
Mais cette fierté repose sur une réalité simple : l’armée incarne la souveraineté nationale parce qu’elle détient le monopole de la force légitime. On ne peut pas, d’un côté, célébrer l’armée dans des discours patriotiques et, de l’autre, justifier l’existence d’une force armée parallèle qui limite son action.
La responsabilité de l’État
La réalité est pourtant limpide : tant que des cadres du Corps des gardiens de la révolution iranienne continueront de diriger depuis le territoire libanais des relais armés disposant de la nationalité libanaise, la souveraineté de l’État restera gravement bafouée.
Les expulser du territoire constituerait un premier pas indispensable pour mettre fin à l’existence militaire illégale du Hezbollah. Ceci permettra aussi d’avancer des arguments crédibles en matière de négociations pour la fin du conflit, ouvrant ainsi la voie à une paix durable.




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