Qeshm, l’île clé du détroit d’Ormuz prise dans l’escalade militaire
©Ici Beyrouth

Avec l’île de Kharj, située au cœur du golfe Persique, une autre bande de terre se pose au large des côtes sud de l’Iran, dans l’étroit passage maritime du détroit d’Ormuz. Ces derniers jours, ce territoire peu connu du grand public s’est retrouvé au centre de l’actualité régionale après qu’une usine de dessalement y a été frappée dans le contexte de la guerre en cours.

Le 7 mars, l’Iran a accusé les États-Unis d’avoir visé une installation de dessalement d’eau sur l’île, affirmant que l’attaque avait perturbé l’approvisionnement en eau potable d’une trentaine de villages. Washington a, pour sa part, démenti avoir ciblé cette infrastructure civile, tandis que l’incident s’inscrit dans une escalade où les installations vitales - énergie, transport, eau - deviennent progressivement des cibles stratégiques du conflit.

Au-delà de l’épisode militaire, Qeshm est loin d’être une île quelconque. Par sa géographie et sa position, elle constitue l’un des points névralgiques du Golfe.

Une île au cœur du détroit le plus stratégique du monde

Qeshm est la plus grande île du golfe Persique, avec une superficie d’environ 1.500 km² et une longueur de plus de 130 km. Elle se situe à quelques kilomètres seulement de la côte iranienne, face au port stratégique de Bandar Abbas, et directement dans le détroit d’Ormuz, passage maritime par lequel transite une part essentielle du commerce mondial de pétrole.

Sa localisation lui confère une importance géopolitique majeure. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux goulets d’étranglement énergétiques de la planète, reliant le golfe Persique à l’océan Indien. Toute présence militaire ou logistique dans cette zone peut influencer la sécurité des routes maritimes empruntées par les pétroliers reliant les monarchies du Golfe aux marchés internationaux.

Qeshm se trouve également à proximité immédiate de plusieurs acteurs régionaux, à environ 60 km du port omanais de Khasab et à moins de 200 km des côtes des Émirats arabes unis. Cette position explique que l’île ait été convoitée à différentes périodes de l’histoire et qu’elle conserve aujourd’hui une valeur stratégique pour Téhéran.

Une zone économique et maritime clé pour l’Iran

Au-delà de son rôle géographique, Qeshm constitue aussi un centre économique important pour la République islamique. L’île abrite une vaste zone franche destinée à attirer les investissements, ainsi que des infrastructures portuaires et maritimes liées à la pêche, au commerce et au transport régional.

Sa population, estimée à quelque 150.000 habitants selon les derniers chiffres disponibles, vit principalement de la pêche, du commerce maritime et d’activités liées au tourisme écologique. L’île est notamment connue pour ses mangroves de Hara et ses paysages géologiques spectaculaires, qui lui ont valu d’être classée géoparc mondial par l’Unesco. Il convient de souligner que les mangroves de Hara sont des forêts marines d’arbres tolérant le sel, qui poussent dans les eaux peu profondes autour de Qeshm, formant un écosystème rare dans le golfe Persique et essentiel à la biodiversité locale.

Le royaume du sel

L’île de Qeshm est aussi célèbre pour un autre élément qui façonne son paysage: le sel. Une grande partie de son relief est dominée par des formations géologiques uniques dans la région, dont le spectaculaire dôme de sel de Namakdan. Ce dôme salin, formé par la remontée de couches de sel très anciennes depuis les profondeurs de la croûte terrestre, s’étend sur plusieurs kilomètres et constitue l’un des phénomènes géologiques les plus remarquables du golfe Persique.

Au cœur de cette formation se trouve la grotte de sel de Namakdan, une grotte dont les galeries s’enfoncent sur plusieurs kilomètres sous la montagne de sel. Les parois y sont tapissées de cristaux scintillants et de dépôts minéraux sculptés par l’humidité et le temps. Considérée comme l’une des plus longues grottes de sel au monde, elle témoigne de l’histoire géologique exceptionnelle de l’île.

Ces formations font partie du géoparc de Qeshm, reconnu par l’Unesco pour la richesse et la diversité de ses paysages. Au‑delà de sa valeur naturelle et touristique, le sel de Qeshm a aussi une importance stratégique: il fournit des ressources industrielles, façonne les infrastructures de l’île et influence directement l’accès à l’eau, un enjeu crucial dans le contexte des frappes récentes sur les usines de dessalement.

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