Hôtels au Liban : le spectre des Gardiens de la Révolution
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Dans un contexte de tensions sécuritaires accrues, les autorités libanaises et les professionnels du secteur hôtelier renforcent leurs dispositifs de contrôle. Après des frappes israéliennes ayant visé des hôtels à Beyrouth et dans sa périphérie, les établissements redoublent de vigilance tandis que l’État rétablit l’obligation d’un visa préalable pour les ressortissants iraniens.  

La traque des membres des Gardiens de la Révolution iranienne et de leurs réseaux présumés au Liban se poursuit à plusieurs niveaux. Face à la crainte d’activités clandestines pouvant menacer la sécurité nationale, les hôteliers ont décidé de renforcer leurs procédures de contrôle et de surveillance des clients.

Plusieurs établissements ont ainsi adopté des mesures sécuritaires et administratives exceptionnelles visant à vérifier de manière plus rigoureuse l’identité des résidents temporaires. L’objectif affiché est de prévenir, autant que possible, de nouvelles pertes humaines et des dégâts matériels dans un contexte régional particulièrement tendu.

Des frappes à Hazmieh et Raouché

Cette réaction du secteur hôtelier intervient après deux frappes israéliennes survenues la semaine dernière, qui ont visé des hôtels situés à Hazmieh et à Raouché, à Beyrouth. Selon plusieurs sources sécuritaires, des membres des Gardiens de la Révolution y auraient tenu des réunions destinées à préparer des plans susceptibles de déstabiliser la sécurité nationale.

Selon des sources concordantes, ces derniers auraient adopté une nouvelle stratégie consistant à se fondre parmi les civils en séjournant dans des hôtels afin de dissimuler leurs rencontres clandestines. Dans certains cas, des réservations auraient été effectuées simultanément dans plusieurs établissements sous de faux noms, parfois ceux de ressortissants libanais, ou en utilisant des passeports multiples lorsqu’ils en disposaient.

Les consignes du syndicat des hôteliers

Face à ces risques, le syndicat des propriétaires d’hôtels a publié mardi un communiqué renforçant les recommandations déjà formulées par son président, Pierre Achkar, deux jours plus tôt.

Les établissements sont désormais invités à signaler immédiatement toute activité ou comportement suspect à la Sûreté générale, ainsi que les cas de no-show, lorsqu’un client ne se présente pas dans les 24 heures suivant la date prévue de son arrivée.

Les hôteliers doivent également mettre à jour en permanence le registre électronique des résidents temporaires. Celui-ci doit inclure les noms de tous les occupants, adultes, adolescents et enfants, ainsi que ceux des personnes ayant effectué les réservations. Les informations demandées comprennent les numéros de passeport, les signatures, les moyens de paiement, la profession et les numéros de téléphone, libanais ou étrangers.

Le syndicat appelle en outre les établissements à refuser les réservations fictives, susceptibles d’être utilisées pour contourner les contrôles aux frontières ou masquer des déplacements.

Un visa préalable désormais exigé

Parallèlement, l’État libanais a décidé de rétablir l’obligation de visa préalable pour les ressortissants iraniens souhaitant se rendre au Liban. La mesure a été adoptée lors de la réunion du Conseil des ministres du 5 mars 2026.

Cette décision met fin à une pratique administrative controversée qui permettait, dans certains cas, la délivrance d’un visa à l’arrivée ou l’utilisation de procédures simplifiées. Bien qu’elle ait parfois été perçue comme une forme d’exemption, cette pratique n’était pas consacrée par les règlements officiels et avait été critiquée à plusieurs reprises sur la scène politique libanaise.

En réalité, les règles de politique de visas du Liban ont toujours classé les ressortissants iraniens dans la catégorie « visa requis », parfois avec possibilité de visa à l’arrivée, ce qui ne constitue pas une exemption totale.

Précisions sur la politique migratoire

Contrairement à une idée répandue, le Liban n’a donc jamais officiellement supprimé l’obligation de visa pour les Iraniens. Dans le passé, certaines procédures techniques, notamment l’apposition d’un tampon sur une fiche séparée plutôt que dans le passeport, ont pu donner l’impression d’une entrée sans formalités.

Il s’agissait toutefois d’une simple modalité administrative, et non d’une exemption juridique.

La décision prise en mars 2026 vise ainsi à clarifier et durcir les règles d’entrée sur le territoire, dans un contexte où les autorités cherchent à éliminer les activités présumées des Gardiens de la Révolution et de leurs réseaux au Liban.

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