Hani Bohsali: «Il ne faut pas s’inquiéter de pénuries alimentaires»
Pour Hani Bohsali, les stocks alimentaires restent suffisants au Liban malgré la guerre, tant que les infrastructures clés continuent de fonctionner. ©Hani BOHSALI

Au dixième jour de la guerre entre le Hezbollah et Israël, les consommateurs s’inquiètent surtout de l’approvisionnement du pays et d’une nouvelle hausse des prix dans les supermarchés. Hani Bohsali, président du Syndicat des importateurs de produits alimentaires, se veut rassurant: malgré l’instabilité sécuritaire et certaines difficultés logistiques, les denrées alimentaires restent disponibles sur tout le territoire tant que les infrastructures clés, comme les ports de Beyrouth et de Tripoli, continuent de fonctionner.

Dix jours après le début de la guerre, la sécurité alimentaire du Liban est-elle menacée?

La situation est évidemment difficile, mais il ne faut pas céder à la panique. Jusqu’à présent, nous n’avons rencontré aucun problème d’acheminement des denrées alimentaires tant que les ports de Beyrouth et de Tripoli restent opérationnels.

Pour le moment, même si certaines compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers le Liban, le transport maritime continue de fonctionner normalement.

La fermeture éventuelle du détroit d’Ormuz n’affecterait pas directement l’acheminement des marchandises alimentaires qui transitent par la mer Rouge, même si cela a un impact sur les prix du pétrole. Et si un problème survenait en mer Rouge, il existe toujours l’alternative du passage par le Cap de Bonne-Espérance, plus long et coûteux, mais possible.

Même si un blocus maritime devait survenir, la situation serait plus compliquée, mais nous serions capables de trouver des solutions.

Durant la guerre de 2024, le port de Beyrouth n’a pas été fermé, alors qu’en 2006, pendant la guerre des 33 jours, un blocus naval avait duré près d’un mois et demi. Malgré cela, nous avions réussi à acheminer des marchandises. Aujourd’hui encore, rien n’indique que nous soyons aux portes d’une famine.

Tant que les infrastructures restent épargnées, nous restons relativement en sécurité. Je le dis bien sûr avec prudence. Et contrairement à 2024, la route terrestre entre la Syrie et le Liban est actuellement ouverte, ce qui constitue une alternative supplémentaire en cas de problème aux ports de Beyrouth ou de Tripoli.

En revanche, si un blocus à la fois maritime et terrestre était imposé, la situation deviendrait beaucoup plus incertaine.

Si la guerre se prolonge, les stocks sont-ils suffisants pour approvisionner l’ensemble du territoire?

Notre expérience des crises successives nous a appris à nous adapter. Le Liban est malheureusement plus habitué aux situations de guerre qu’aux périodes de stabilité, ce qui nous a poussés à organiser nos opérations de manière efficace.

Avant même le déclenchement de ce nouveau conflit, les importateurs avaient constitué des stocks suffisants pour couvrir la demande liée aux fêtes de Ramadan et de Pâques. Aujourd’hui, les denrées alimentaires sont disponibles dans les dépôts sur l’ensemble du territoire. Contrairement à d’autres produits essentiels comme la farine, le blé ou les carburants, où les stocks peuvent être limités ou se comptent en jours et semaines, nous ne faisons pas face à un problème de ravitaillement car la disponibilité se mesure en mois.

Il n’est donc pas nécessaire de déplacer des marchandises d’une région à l’autre, par exemple de Tripoli à Nabatiyé, d’autant que la région de Saïda reste fonctionnelle. Même en 2024, lorsque certaines zones du sud étaient difficilement accessibles, nous avions pu acheminer du blé par camion vers les localités touchées avec l’autorisation de l’armée libanaise.

En outre, le secteur privé travaille en étroite coordination avec les autorités publiques, notamment les ministères de l’Économie, de l’Agriculture et des Finances, afin d’éviter toute perturbation dans l’approvisionnement.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour maintenir l’approvisionnement et éviter une hausse des prix?

Notre principale difficulté concerne la sortie rapide des marchandises du port de Beyrouth, qui reste le maillon central de toute la chaîne logistique. Toute la chaîne est interconnectée: le port dépend de plusieurs institutions, notamment l’administration portuaire, les douanes, les forces de sécurité et les ministères concernés. Si l’un de ces maillons est perturbé, l’ensemble du système peut être ralenti.

C’est pourquoi nous déployons tous les efforts possibles, en collaboration avec le gouvernement, pour y remédier. Avant la guerre, nous avions déjà été confrontés à des difficultés liées à la grève des employés du secteur public, sans oublier qu’actuellement, certains agents ne peuvent pas toujours se rendre sur leur lieu de travail pour des raisons sécuritaires. Cette fluidité administrative et logistique constitue aujourd’hui notre principale préoccupation.

Nous avons déjà vécu ce type de situation lors de la guerre de 2024. Malheureusement, à chaque fois que le pays commence à reprendre son souffle, une nouvelle crise survient. Mais jusqu’à présent, le système d’approvisionnement a tenu bon.

Malgré l’incertitude sécuritaire, certains facteurs comme le coût du carburant ou des perturbations ponctuelles dans les ports peuvent influencer les prix. Nous suivons ces variables de près et nous nous coordonnons avec les autorités pour que l'effet sur les consommateurs reste limité. Nous mettons donc tout en œuvre pour que les Libanais continuent de trouver les produits essentiels à des prix accessibles.

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