Le politologue et chercheur français Olivier Rouquan a été interrogé par Ici Beyrouth afin d’en savoir plus sur les enjeux des élections municipales françaises qui se tiennent les 15 et 22 mars, à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle.
C’est dans un contexte de guerre au Moyen-Orient et d’importantes tensions et fractures politiques en France que les électeurs français sont appelés aux urnes à l’occasion des élections municipales dont les premier et second tours doivent se tenir les 15 et 22 mars.
Ce scrutin est le premier depuis les législatives anticipées de juin 2024 – qui ont abouti à une Assemblée nationale sans majorité et considérées par beaucoup comme l’une des principales sources d’instabilité politique actuelle dans le pays. Rappelons que le dernier scrutin municipal s’est tenu en 2020 dans le contexte de l’épidémie de Covid-19 et avait été marqué par un important taux d’abstention.
Pour mieux comprendre les enjeux de ces élections municipales, Ici Beyrouth a interrogé Olivier Rouquan, constitutionnaliste, politologue et chercheur associé au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques (Cersa).
Dans quel contexte politique se tient ce scrutin municipal?
«C’est un contexte qui est marqué par l’incertitude, notamment du fait de la singularité du scrutin de 2020 qui – du fait de la crise du Covid-19 –, rend la base de comparaison assez difficile. L’abstention, il faut l’espérer, sera moins importante cette fois-ci. L’évaluation des rapports de force est donc assez délicate. D’autant qu’entre temps, il y a eu un délitement de notre jeu politique. La présidentielle et les législatives indiquent une évolution assez considérable des rapports de force.
Il y a un questionnement sur la capacité du Rassemblement national (RN, extrême droite, NDLR) à traduire ses succès en nombre d’élus municipaux et surtout en nombre de mairies conquises, notamment dans les villes moyennes. Autre point d’incertitude: savoir dans quelle mesure le Parti socialiste (PS, gauche, NDLR) et les «gauches de gouvernement» d’une part et la droite classique d’autre part – qui ont jusqu’alors le nombre de plus importants de mairies – pourront conserver leurs acquis. Autre point caractéristique du contexte actuel : une période semble-t-il assez défavorable, encore plus que d’habitude ces dernières années, aux thèmes qui sont plutôt favorables à la gauche comme le climat qui semblent un peu régresser dans les préoccupations au bénéfice des insécurités. C’est ce que beaucoup appellent la 'droitisation' de l’électorat».
En quoi ce scrutin municipal est-il important?
«Comme on le répète souvent, le maire reste l’élu préféré des Français. Il est toujours identifié. À tort ou à raison, le pouvoir municipal est un peu une sorte d’ancre qui donne des repères à beaucoup de citoyens. C’est pourquoi, avec la présidentielle, les municipales sont les scrutins d’ordinaire les plus participatifs. Il peut y avoir des malentendus entre ces très fortes attentes vis-à-vis des élus municipaux et ce qu’ils peuvent faire. Mais dans tous les cas, la proximité, le fait qu’ils soient directement associés au cadre de vie de tout un chacun et que la commune pourvoie des services basiques quotidiens…fait que c’est un scrutin important à la fois sur le plan symbolique et celui de l’action publique».
Ce scrutin permettra-t-il de prendre la température électorale nationale à un an de la présidentielle?
«Je suis très prudent sur le fait que les élections municipales traduiraient dans leur résultat un jeu comparable à celui de la présidentielle. À la présidentielle, vous n’avez obligatoirement que deux candidats qui s’affrontent au second tour, ce qui ne sera pas le cas pour les municipales au second tour. Le jeu n’est pas le même. Il y a par ailleurs des partis traditionnellement plus implantés que d’autres dans les territoires. Sans dire qu’ils ont une prime automatique, ils sont un peu plus avantagés qu’ils ne le restent au niveau national, notamment le PS et LR (Les Républicains, droite, NDLR). Ce scrutin donc n’est pas trop comparable. Il va toutefois donner une tendance, notamment en termes de pourcentage de voix exprimées et va livrer, à un an de la présidentielle, une sorte d’indice sur les rapports de force, comme cela avait été le cas en 2001 par rapport au scrutin de 2002. Mais la prudence reste de mise».




Commentaires