Ron Arad, le pilote israélien pour qui l'opération à Nabi Chit a été menée
Ron Arad, navigateur de l’armée de l’air israélienne, disparu au Liban en 1986 après la chute de son avion lors d’une mission au-dessus de Saïda. ©Al-Markazia

Près de quarante ans après sa disparition, le nom de Ron Arad resurgit aujourd’hui. L’opération israélienne menée dans la nuit de vendredi à samedi dans la région de Nabi Chit, dans la Békaa, à la recherche de ses restes présumés, rappelle combien ce dossier reste ouvert. Qui est Ron Arad et pourquoi l’affaire refait-elle surface?

Une mission aérienne qui tourne au drame

Ron Arad est né en 1958. Ancien navigateur au sein de l’armée de l’air israélienne, il participe, le 16 octobre 1986, à une mission de bombardement au-dessus du Liban-Sud, visant des positions palestiniennes dans la région de Saïda.

Au cours de l’opération, un incident technique provoque l’explosion prématurée d’une munition à proximité de l’appareil F-4 Phantom dans lequel il se trouve. L’avion est gravement endommagé et les deux membres d’équipage s’éjectent.

Le pilote, Yishai Aviram, est rapidement secouru par l’armée israélienne. Ron Arad, lui, disparaît au sol. Il est rapidement établi qu’il a été capturé vivant au Liban.

Entre les mains d’Amal

Les premières informations recueillies par Israël indiquent que le navigateur israélien est capturé par des combattants du mouvement Amal, dirigé par Nabih Berry.

Pendant plusieurs mois, Amal confirme implicitement détenir le pilote et laisse entendre qu’un échange de prisonniers pourrait être négocié. Le captif est alors placé sous la responsabilité de Moustapha Dirani, chef de la sécurité du mouvement.

En 1987, Israël reçoit plusieurs signes de vie: des photographies et des lettres écrites de la main d’Arad, attestant qu’il est encore en vie.

En 1988, la situation se complique lorsque Moustapha Dirani rompt avec Amal. Accusé par Nabih Berry de vouloir créer une faction pro-iranienne au sein du mouvement, il est exclu. Il rejoint alors la Békaa, emmenant avec lui le prisonnier. À partir de ce moment, la trace d’Arad devient floue.

Élucider l’affaire

L’État hébreu n’a jamais cessé de chercher à élucider le sort du navigateur. En 1994, une unité spéciale israélienne enlève Moustapha Dirani au Liban, afin de l’interroger sur le sort d’Arad. Malgré plusieurs années de détention et d’interrogatoires, aucune information décisive n’en ressort. Dirani sera finalement libéré en 2004 dans un échange de prisonniers avec le Hezbollah.

Au fil des décennies, plusieurs opérations clandestines sont également menées pour recueillir des informations ou localiser des restes humains susceptibles d’être ceux du pilote.

En 2008, Israël déclare officiellement Ron Arad mort, tout en continuant à rechercher des preuves sur les circonstances exactes de sa disparition.

Plus récemment, en 2021, le Mossad mène une opération secrète au Liban afin d’examiner une dépouille enterrée dans la localité de Nabi Chit pour vérifier si elle appartenait au navigateur disparu. Les résultats de cette analyse n’ont jamais été rendus publics.

Un dossier toujours actif

Malgré le temps écoulé, l’affaire Ron Arad reste profondément ancrée dans la mémoire collective israélienne. Elle symbolise la doctrine israélienne selon laquelle aucun soldat capturé ne doit être abandonné.

Cette détermination explique que, près de quatre décennies après les faits, des opérations de renseignement ou des enquêtes continuent d’être menées dès qu’une piste apparaît.

Aujourd’hui, l’opération israélienne dans la région de Nabi Chit, visant à rechercher les restes du pilote dans un cimetière local, illustre la persistance de cette quête. Selon le quotidien israélien Yedioth Ahronoth, l’opération aurait porté ses fruits. La confirmation officielle, elle, est attendue.

Commentaires
  • Aucun commentaire