Le secteur de la restauration au Liban commençait à peine à reprendre des couleurs après une saison encourageante durant les fêtes de fin d’année 2025, lorsqu’une nouvelle guerre est venue assombrir les perspectives d’avenir. Les séquelles économiques du conflit de 2024 entre le Hezbollah et Israël étaient pourtant encore bien vivaces. Le président du Syndicat des propriétaires de restaurants, cafés, night-clubs et pâtisseries au Liban Tony Rami, dresse pour Ici Beyrouth un état des lieux du secteur au cinquième jour du conflit, alors que le mois sacré du Ramadan battait déjà son plein.
Cinq jours après le début de la guerre au Liban, quel est l’état des lieux dans le secteur de la restauration?
Quand la guerre a éclaté, nous étions en pleine période de Ramadan, avec d’importantes préparations dans le secteur de la restauration et des cafés. C’est une période très importante pour le secteur. Les restaurants bénéficiaient des iftars, avec de nombreuses réservations.
Nous étions en pleine concurrence sur les prix des repas d’iftar, qui étaient abordables, variant entre 38 et 50 dollars dans les hôtels cinq étoiles, ce qui est très raisonnable. Les formules proposées étaient très riches et variées, incluant des iftars traditionnels et d’entreprises. Les repas du souhour avaient également très bien commencé durant les quatre premiers jours: les cafés attiraient beaucoup de clients venus déguster les douceurs libanaises et profiter de l’ambiance ramadanesque.
Puis nous sommes entrés dans une guerre qui ne nous concernait absolument pas. Les événements ont bouleversé notre quotidien. Aujourd’hui, les restaurants restent ouverts, mais les clients se font plus rares. Nous nous retrouvons à partager repas et boissons avec nos employés, au lieu de célébrer ce mois sacré dans la joie et la convivialité habituelles.
Selon vous, qu’est-ce que cette nouvelle guerre révèle de la situation politique et économique du Liban?
Ce que nous vivons ces dernières années, entre guerres et instabilité politique et sécuritaire, reflète une réalité difficile. Oui, nous avons élu un président et mis en place un nouveau gouvernement, mais les Libanais ne sont toujours pas parvenus à un consensus sur la manière de construire la nation.
Aucune réforme réelle n’a été appliquée jusqu’à présent, et la situation reste instable. Par exemple, la taxe sur les carburants instaurée pendant le Ramadan a directement impacté les prix dans les restaurants, et l’augmentation de la TVA est annoncée mais pas encore appliquée.
C’est vrai que nous avons beaucoup de politiciens au Liban, mais nous ne disposons d’aucune véritable politique économique, financière ou sociale.
Cette guerre rappelle que tant que le pays n’atteindra pas de stabilité sécuritaire et politique, aucune réforme durable ne pourra voir le jour. Il est urgent que les Libanais prennent conscience que le Liban est leur pays et qu’ils s’unissent pour construire un véritable État.
D’ici là, le Liban restera avant tout un pays pour ses habitants et les expatriés qui reviennent en haute saison. On ne pourra pas parler d’économie durable ni de tourisme durable tant qu’il existe des acteurs internes agissant au détriment du pays pour servir d’autres intérêts.
Avant le déclenchement de ce nouveau conflit, comment se portait le secteur touristique et de la restauration en 2025?
Malgré l’instabilité politique et sécuritaire, et l’accumulation des crises depuis 2019, crise financière, sociale et économique, explosion du port, argent des déposants toujours bloqué, le secteur touristique au Liban a démontré sa capacité à transcender les crises.
Toutefois, l’année 2025 ne peut pas être qualifiée d’année de reprise. Nous avons travaillé seulement 60 jours pendant la haute saison: 45 jours en été, à cause des circonstances régionales et de la fermeture des aéroports, et 15 jours durant les fêtes de fin d’année. Le reste de l’année a été une saison basse à moyenne.
Malgré ces difficultés, le secteur a prouvé sa résilience et sa capacité à persévérer. Les propriétaires du secteur sont à l’image du Libanais qui aime la vie. Ils sont forts et persévérants par nature. Ce sont les véritables héros du Liban, les véritables résistants. La résistance économique est la véritable résistance, et non la résistance des guerres que d’autres mènent sur notre territoire. La résistance de l’investisseur libanais et son amour pour sa terre sont la véritable résistance.

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