Les propos tenus par le Premier ministre Nawaf Salam lors de la réunion du Conseil des ministres, selon lesquels toute personne liée au corps des Gardiens de la révolution (CGR) iranien doit être arrêtée et renvoyée en Iran, ne sont pas sortis de nulle part. Ils s’appuient, en réalité, sur des renseignements transmis par les services occidentaux affirmant que les tirs de roquettes depuis le Liban dans la nuit de dimanche à lundi ont été ordonnés par des responsables des Gardiens de la révolution.
Selon ces informations, ces derniers auraient désormais pris en main les leviers décisionnels du Hezbollah, tant sur le plan militaire que dans la conduite des opérations, tout en restant en contact direct avec leurs supérieurs à Téhéran pour recevoir instructions et coordonner les actions.
Les Israéliens ont d’ailleurs été explicites sur ce point, adressant des menaces publiques aux experts militaires iraniens présents au Liban. Ils affirment les traquer dans les lieux où ils sont susceptibles de se trouver, dans le but de les éliminer.
De leur côté, les Américains et les Britanniques ont également abordé ce dossier avec les responsables libanais. Ils considèrent que le Liban, du fait de la présence du Hezbollah et de la tutelle exercée par ses cadres iraniens, est devenu une base arrière du régime iranien, utilisée pour mener des attaques contre leurs intérêts.
Cette inquiétude a notamment été ravivée par les attaques de drones visant la base britannique d’RAF Akrotiri, située à Chypre. Selon plusieurs éléments recueillis, ces appareils auraient été lancés depuis le territoire libanais, volant à basse altitude au-dessus de la mer afin d’échapper aux radars et aux systèmes d’alerte précoce.
Cette situation a conduit les autorités britanniques à demander au gouvernement libanais l’autorisation d’ouvrir l’espace aérien du pays aux avions militaires britanniques.
L’attaque contre la base d’Akrotiri ne serait d’ailleurs pas un épisode isolé lié à la guerre actuelle. L’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait déjà menacé de frapper Chypre en juin 2024, au plus fort de la guerre dite «de soutien». Cette menace n’avait finalement pas été mise à exécution à l’époque, pour des raisons stratégiques liées à Téhéran, qui ne souhaitait pas être directement impliqué dans l’affrontement opposant alors Israël d’un côté, et le Hezbollah ainsi que le Hamas de l’autre.
La mainmise des Gardiens de la révolution sur le Hezbollah n’a, au fond, rien de surprenant. Le mouvement est né dans leur sillage. Ce sont en effet des membres de ce corps d’élite iranien qui, dès les premières années, ont été envoyés au Liban pour former les combattants du Hezbollah. Ils avaient alors établi leur quartier général dans une caserne de l’armée libanaise à Baalbek, dont ils avaient pris le contrôle.
Depuis lors, les Gardiens de la révolution n’ont jamais cessé d’accompagner le Hezbollah. Depuis 1979, ils lui fournissent armes, financements, technologies et soutien logistique dans de multiples domaines.
On peut même affirmer que l’âge d’or du développement militaire du Hezbollah s’est produit sous l’impulsion du commandant de la force al-Qods, Qasem Soleimani, tué par les États-Unis en 2020.
Soleimani, ainsi que d’autres responsables du CGR chargés du dossier libanais, agissait en quelque sorte comme l’ombre de Hassan Nasrallah. Un fait illustre cette proximité: l’un d’entre eux, Abbas Nilforoushan, a trouvé la mort aux côtés de Nasrallah lui-même.




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