Golfe en alerte, l’escalade militaire fait fuir le risque
©AFP

À la moindre montée des bruits de bottes, les marchés se replient et l’aversion au risque s’envole. Une réaction somme toute prévisible : les investisseurs se tournent vers des actifs jugés sûrs, comme l’or, le dollar ou les obligations d’État, tandis que les indices boursiers reculent sous l’effet de ventes massives.

Sur le marché au comptant, le métal précieux a ainsi gagné 2,1 %, atteignant 5 389,23 dollars l’once lundi vers midi, enregistrant son plus haut niveau depuis plus de quatre semaines. L’argent, de son côté, se maintenait au-dessus de 95 dollars. Quant au dollar américain, il progressait de 0,65 % lundi face à un panier de devises de référence.

La bourse de Dubaï suspend ses transactions

Dans le contexte de l’escalade régionale liée à l’opération « Rugissement du lion », l’Autorité des marchés financiers des Émirats arabes unis a annoncé dimanche la suspension exceptionnelle des transactions à la Bourse d’Abou Dhabi et au Dubai Financial Market pour lundi et mardi. Une décision rare et radicale, destinée à prévenir des ventes paniques après que 165 missiles balistiques, 541 drones et 2 missiles de croisière ont frappé le pays en seulement 48 heures.

L’indice du Koweït (BKP), qui a repris ses échanges après une suspension dimanche pour « circonstances exceptionnelles », a réduit ses pertes initiales à 1,9 % contre 3,6 %, tandis que la National Bank of Kuwait (NBKK.KW) reculait de 3,7 %.

Au Qatar, l’indice de référence (QSI), fermé dimanche pour un jour férié bancaire, a chuté de 4,3 %, enregistrant sa plus forte baisse depuis mars 2020. La plus grande banque du Golfe en termes d’actifs, Qatar National Bank (QNBK.QA), a perdu 4,8 %, sa plus forte baisse intrajournalière depuis décembre 2022.

En Arabie saoudite, la plus grande bourse de la région, l’indice général TASI a limité ses pertes lundi après une clôture en baisse de 2,2 % dimanche, alors que les pertes avaient atteint 4,6 % plus tôt dans la journée.

Pétrole et Brent : un soutien budgétaire sous haute tension

La flambée des prix du pétrole, avec un Brent en forte hausse, offre un soutien budgétaire immédiat aux pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Pour l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït, l’augmentation des recettes pétrolières constitue un amortisseur face aux chocs externes. Mais cet avantage reste fragile : les marchés intègrent désormais une prime de risque géopolitique élevée, alimentée par l’escalade régionale, maintenant les économies du Golfe dans une zone d’incertitude prolongée.

Le prix du baril de brut américain a d’abord bondi lundi d’environ 8 %, pour s’établir ensuite à 71,00 dollars, en hausse de 5,9 %. Le Brent progressait de 6,2 % à 77,38 dollars le baril.

Marchés du Golfe : volatilité et pression sur les valorisations

Les marchés financiers du Golfe évoluent dans un climat de forte volatilité. Les investisseurs réduisent leur exposition aux actifs risqués, accentuant les mouvements correctifs sur les indices boursiers. La montée de l’aversion au risque pèse sur les valorisations et obscurcit les perspectives de croissance du secteur non pétrolier. Dans ce contexte, la prudence domine les flux de capitaux, et tout nouveau choc sécuritaire pourrait amplifier les ventes.

Détroit d’Ormuz : un risque systémique pour l’énergie et le commerce mondial

Au-delà des fluctuations boursières, la principale ligne de fracture demeure logistique. Une perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz constituerait un choc majeur, affectant directement les flux énergétiques et commerciaux mondiaux. Un tel scénario dépasserait largement le cadre régional, avec des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement, les coûts de transport et, in fine, la stabilité des marchés internationaux.

Commentaires
  • Aucun commentaire