Le Royaume-Uni a assuré lundi qu'il n'était «pas en guerre», alors qu'une base aérienne britannique à Chypre a été frappée par un drone iranien quelques heures après la décision de Londres d'autoriser Washington à utiliser ses bases militaires contre l'Iran.
Cette décision, applaudie par certains au Royaume-Uni, a aussi ranimé le spectre de la désastreuse guerre en Irak.
«Le Royaume-Uni n'est pas en guerre», a affirmé lundi matin le secrétaire d'État britannique en charge du Moyen-Orient, Hamish Falconer, sur la BBC. Londres «a délibérément décidé de ne pas participer à la première vague de frappes menées par les gouvernements américain et israélien», a-t-il martelé.
Mais le gouvernement britannique semble être sur la ligne de crête.
«Le Royaume-Uni soutient la guerre en Iran», titre d'ailleurs en Une le quotidien conservateur The Daily Telegraph.
Le Premier ministre Keir Starmer a annoncé dimanche soir autoriser les États-Unis à utiliser les bases britanniques dans sa guerre contre l'Iran, dans un objectif «défensif».
Cette décision vise à «empêcher l'Iran de tirer des missiles dans toute la région, tuant des civils innocents, mettant en danger la vie de Britanniques et frappant des pays qui ne sont pas impliqués», a déclaré le dirigeant travailliste.
«La base de notre décision est la légitime défense de partenaires et d'alliés de longue date», a-t-il insisté en affirmant qu'elle était «conforme au droit international».
Keir Starmer a réaffirmé que Londres ne participerait «pas à des actions offensives en Iran».
La frappe de drone contre la base aérienne de la Royal Air Force à Akrotiri, dans le sud de Chypre, peu après minuit (22H00 GMT), apparaît comme une réponse directe à l'annonce de Keir Starmer d'autoriser les États-Unis à utiliser les bases britanniques.
«Les leçons de l'Irak»
La base d'Akrotiri, territoire britannique d'outre-mer depuis l'indépendance de Chypre en 1960, est la plus importante base militaire du Royaume-Uni dans la région.
Londres y a récemment déployé des moyens supplémentaires, y compris des systèmes de défense anti-aérienne et antidrones, des radars et des avions F-35.
Le drone iranien s'est écrasé sur la piste de la base. Il n'y a pas eu de victime et seulement de légers dégâts matériels, selon les autorités britanniques et chypriotes.
Keir Starmer ne veut visiblement pas se laisser entraîner dans un nouveau long conflit aux côtés des États-Unis.
«Nous nous souvenons tous des erreurs commises en Irak et nous en avons tiré les leçons», a souligné le chef du gouvernement britannique.
Le Royaume-Uni, alors dirigé par Tony Blair, avait soutenu l'invasion américaine de l'Irak en 2003, malgré les manifestations qui avaient réuni des millions de personnes dans les rues de Londres. Les manifestants accusaient le Premier ministre d'avoir menti sur la présence, jamais avérée, d'armes de destruction massive en Irak.
Mais pour Rosa Freedman, directrice de l'école du droit à l'université de Reading, la situation actuelle est «très différente de la guerre en Irak».
Les frappes contre l'Iran qui ont démarré ce week-end «s'inscrivent dans le cadre de la guerre plus large», qui a démarré le 7 octobre 2023 avec l'attaque du Hamas contre Israël, analyse cette experte.
Le peuple iranien «tente depuis de nombreuses années de renverser ce régime», ajoute-t-elle. «Un changement de régime est nécessaire pour assurer la stabilité et la sécurité nationales et internationales», affirme Rosa Freedman.
Pour elle, pas de doute, le Royaume-Uni a désormais rejoint les États-Unis et Israël «pour jouer un rôle plus offensif». «Et cela fait bien sûr des bases militaires britanniques des cibles légitimes», souligne Mme Freedman.
Dans l'immédiat, le Royaume-Uni s'inquiète aussi pour ses ressortissants qui se trouvent au Moyen-Orient. Ils sont «environ 300.000 dans les pays du Golfe qui sont désormais pris pour cible par l'Iran», a indiqué la cheffe de la diplomatie Yvette Cooper lundi matin.
Quelque 102.000 Britanniques s'étaient enregistrés lundi matin auprès des autorités, a-t-elle précisé.
Il s'agit de vacanciers, de passagers en transit dans les aéroports, de personnes qui se sont rendues dans la région pour des voyages d'affaires et de résidents, a-t-elle détaillé.
Interrogée sur un éventuel plan d'évacuation, Yvette Cooper a indiqué que «toutes les options possibles» étaient à l'étude.
Par Caroline TAÏX/AFP



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