Frappes contre l'Iran: démonstration militaire ou calcul politique?
©Ici Beyrouth

Depuis plusieurs semaines, les spéculations allaient bon train autour d’une éventuelle frappe des États-Unis contre l’Iran. Les signaux militaires existaient, les déploiements navals étaient visibles, les déclarations politiques se durcissaient. Pourtant, l’opération annoncée tardait.

Samedi, les frappes ont eu lieu. Mais loin de clore le débat, elles ouvrent une interrogation plus profonde: s’agit-il d’un objectif en soi, ou d’un élément dans une stratégie plus vaste?

Car la véritable question n’est peut-être pas militaire. Elle pourrait être politique.

Frapper pour détourner l’attention?

Les frappes américaines peuvent être interprétées comme une démonstration de force classique: rétablir la dissuasion, envoyer un signal régional et contenir les capacités stratégiques de Téhéran.

Mais une autre lecture émerge.

Et si ces frappes avaient aussi pour fonction de détourner l’attention du régime iranien? De le contraindre à mobiliser ses ressources sécuritaires vers l’extérieur, à resserrer ses lignes militaires, à se concentrer sur la menace immédiate pendant qu’une dynamique interne, plus silencieuse, se structure?

En géopolitique, l’action militaire ne sert pas uniquement à détruire. Elle peut aussi détourner l’attention, saturer les centres de décision, créer une pression psychologique et sécuritaire propice à des recompositions internes.

L’hypothèse du coup d’État interne

Un scénario a longtemps circulé: Washington n’attendrait pas seulement le «moment militaire», mais le «moment politique».

La brève mais intense confrontation, qualifiée de «guerre des 12 jours», a mis en lumière la vulnérabilité interne du régime iranien. Les frappes d’Israël, notamment celles menées depuis l’intérieur du territoire iranien, ont révélé un niveau d’infiltration sécuritaire préoccupant pour Téhéran.

«Un coup d’État interne serait probable, d’autant plus que le président Donald Trump préférerait une guerre courte, sans pertes militaires américaines humaines», a souligné à Ici Beyrouth Gilberto Condé, professeur d’études sur le Moyen-Orient à l’université du Mexique.

Selon le général Dominique Trinquand, interrogé par Ici Beyrouth, l’opération et les frappes visant l’Iran auraient pour objectif de renverser le régime actuel. Il estime également que la possibilité d’un coup d’État interne est réelle, notamment dans un contexte où le président Donald Trump et le fils de l’ancien Shah, Reza Pahlavi, appellent la population à se soulever après les frappes.

D’après lui, le Mossad serait profondément infiltré en Iran et jouerait un rôle clé à plusieurs niveaux: fournir des renseignements stratégiques pour les frappes aériennes, tenter de rallier des personnalités iraniennes influentes contre le régime, et soutenir les opposants.

Dans cette perspective, la frappe américaine ne serait pas nécessairement destinée à provoquer l’effondrement immédiat du régime, mais à accentuer ses fissures, à tester ses loyautés internes et à exacerber les tensions entre factions.

Autrement dit, l’enjeu pourrait moins être la chute par la force que l’érosion par la pression.

La flotte comme levier stratégique

La présence navale américaine dans la région apparaît alors sous un angle différent. Elle n’aurait pas seulement servi de prélude à la frappe, mais de garantie stratégique.

- Une garantie en cas d’escalade.

- Une garantie si une tentative interne échoue.

- Une garantie aussi pour gérer un éventuel vide sécuritaire si une recomposition interne venait à se produire.

Car le véritable risque n’est peut-être pas la frappe elle-même, mais le vide qu’un affaiblissement brutal du système pourrait engendrer. L’Iran n’est pas un État périphérique: c’est un carrefour énergétique, idéologique et militaire. Toute déstabilisation majeure aurait des répercussions en Irak, en Syrie, au Liban et dans l’ensemble du Golfe.

Opération militaire ou écran stratégique?

En géopolitique, ce que l’on voit n’est parfois que la surface. Le véritable mouvement, lui, se joue souvent en profondeur.

Les frappes du 28 février pourraient n’être que la partie visible de l’iceberg, à savoir: occuper le régime, le placer sous pression maximale et le forcer à regarder vers l’extérieur pendant que la véritable interrogation se joue à l’intérieur.

Car s'il devait y avoir un changement en Iran, il viendrait probablement moins d’une bombe que d’une fracture interne.

La frappe a eu lieu. Reste une interrogation: assistons-nous à une campagne classique ou à une transition stratégique destinée à préparer l’étape suivante?

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