La première alerte n’est pas venue du ciel, mais des écrans. Samedi matin, plusieurs grands sites d’information iraniens ont été piratés dans ce qui s’apparente à une opération cybercoordonnée d’envergure. L’agence officielle IRNA, l’agence semi-officielle ISNA, ainsi que Tabnak et Asr Iran ont été signalés comme compromis. Interruptions de service, altérations de contenu, redirections inhabituelles: l’appareil médiatique du régime a été déstabilisé au moment même où des frappes visaient des infrastructures et centres de commandement stratégiques du pays.
Parallèlement, plusieurs chaînes de télévision iraniennes ont connu des perturbations techniques, avec des coupures de diffusion et des anomalies suggérant des tentatives de neutralisation des flux officiels. L’objectif? Désorganiser la capacité de l’État à contrôler son récit au moment précis où il subit une pression militaire directe.
BadeSaba: quand la guerre s’invite dans le quotidien religieux
L’épisode le plus symbolique concerne toutefois l’application de prière BadeSaba, très populaire en Iran pour ses notifications religieuses quotidiennes. Largement utilisée pour les horaires de prière et les contenus liés au calendrier islamique, elle constitue un outil profondément ancré dans la vie quotidienne. Or, au lieu des rappels habituels, des messages affichant le slogan «L’aide est arrivée» ont été envoyés à plus de 10.000 utilisateurs.
Ces notifications comprenaient des appels hostiles au régime, exhortant les soldats à déposer les armes, à faire défection et à rejoindre un soulèvement populaire en échange d’une amnistie. Elles avertissaient également les forces de sécurité qu’elles pourraient être tenues responsables de l’oppression passée.
En détournant une application religieuse, les auteurs de l’attaque ont frappé un espace intime et symbolique, transformant un canal spirituel en instrument de guerre psychologique. Dans un système où le religieux et le politique sont étroitement liés, une telle intrusion dépasse le simple sabotage technique: elle vise la légitimité même du pouvoir.
Frappes militaires et stratégie hybride
Cette offensive numérique a, dans ce contexte, précédé — voire accompagné — l’opération militaire majeure, revendiquée dans la matinée par Israël. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a, en effet, confirmé le lancement d’une «attaque préventive» contre l’Iran et décrété un «état d’urgence spécial et permanent» sur l’ensemble du territoire israélien.
Des mesures de sécurité exceptionnelles auraient été activées en amont: plusieurs médias rapportent que des ministres israéliens ont reçu des téléphones sécurisés dits «red phones» avec instruction de rester joignables en permanence et de ne faire aucun commentaire public. L’existence d’un ravitaillement aérien en vol depuis la base de Rubaga a également été évoquée, signe d’une planification logistique approfondie.
Sur le terrain, des frappes ont été signalées dans plusieurs secteurs sensibles de Téhéran, notamment à proximité du quartier Pasteur, où résident de hauts responsables iraniens. Des panaches de fumée ont été observés au-dessus de la capitale, tandis que l’espace aérien civil israélien a été fermé en anticipation d’éventuelles représailles.
Ces événements s’inscrivent dans un contexte où la surveillance numérique iranienne est déjà considérée parmi les plus strictes au monde. Depuis les manifestations qui ont été déclenchées en Iran fin 2025, contre le régime, les autorités ont imposé un black-out partiel ou total d’Internet, restreignant drastiquement l’accès aux plateformes étrangères, ralentissant ou bloquant les VPN et isolant de larges pans de la population du réseau mondial.
Ces mesures, officiellement justifiées comme nécessaires pour soi-disant «préserver la sécurité nationale», ont servi aussi à empêcher la fuite d’informations sensibles hors du pays. Les récentes attaques numériques perturbent donc directement ce verrou, créant une brèche dans la forteresse numérique iranienne et exposant sa vulnérabilité face à des opérateurs externes ou des groupes cyberactivistes bien équipés.
Pour de nombreux analystes, la simultanéité des frappes physiques et des cyberattaques illustre ainsi une stratégie d’affaiblissement multidimensionnelle. L’Iran a déjà été la cible d’opérations similaires par le passé — piratages de chaînes satellitaires, attaques contre des infrastructures financières — démontrant que son écosystème numérique constitue un front à part entière.
Selon un expert en matière de sécurité, interrogé par Ici Beyrouth, l’enjeu est de produire un effet de levier stratégique maximal, selon une logique hybride combinant frappes ciblées, perturbations numériques et pression psychologique. Ce nouvel épisode confirme, encore une fois, la mutation profonde observée dans le cadre des conflits récents. En quelques heures, l’Iran s’est retrouvé exposé sur ces deux fronts indissociables — celui des armes et celui de l’information — dans une escalade dont l’issue demeure presque certaine.




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