Iran: Frappes ciblées ou conflit ouvert?
©Ici Beyrouth

C’est la fin d’une longue période de tensions. La guerre a finalement eu lieu. Lorsque des frappes visent directement les centres du pouvoir d’un État, lorsque des porte-avions se déploient et que les capitales activent les états d’urgence, nous ne sommes plus dans la dissuasion, ni dans la pression diplomatique : nous sommes dans l’affrontement.

Les premières attaques israéliennes ont ouvert la séquence. Les États-Unis ont suivi. À Washington, Donald Trump n’a pas cherché à adoucir le vocabulaire : il a qualifié les dirigeants iraniens de “maléfiques”, estimant qu’ils portaient depuis des décennies la responsabilité d’une stratégie de déstabilisation régionale assumée. Il a également menacé explicitement les groupes qui soutiennent Téhéran, avertissant que toute milice ou organisation agissant en relais de l’Iran serait considérée comme partie prenante du conflit et traitée comme telle.

Ce rappel n’est pas anodin. Il inscrit l’escalade actuelle dans une mémoire longue, des réseaux armés régionaux jusqu’aux attentats contre les Marines américains à Beyrouth en 1983, et pose une ligne rouge : les intermédiaires ne seront plus protégés par l’ambiguïté. Le président américain a appelé les gardiens de la Révolution à déposer les armes. 

Ce qui a été visé n’est pas périphérique. Ce ne sont pas des positions isolées, ni des milices anonymes. Ce sont les symboles et les infrastructures du pouvoir. Le cœur du système est ciblé, des dirigeants aussi. 

La question désormais n’est plus de savoir si l’engrenage est enclenché. Il l’est. La question est : jusqu’où ira-t-il ?

Les appendices régionaux de Téhéran sont face à un choix stratégique majeur. Au Yémen, en Irak, au Liban, les obligés des mollahs peuvent ouvrir de nouveaux fronts ou choisir la retenue. Chaque décision locale aura une portée globale. Une roquette tirée, un drone lancé, une base ciblée et le conflit changera immédiatement d’échelle. Au Liban, le Hezbollah va devoir choisir. Soit il fait profil bas, soit il entraîne le pays dans l’enfer. 

Autre inconnue : la durée. Une campagne aérienne peut affaiblir, mais elle ne renverse pas nécessairement un régime. L’Iran dispose de profondeur stratégique, de capacités balistiques, de relais régionaux. Israël, de son côté, parie sur la rapidité et la supériorité technologique. Les États-Unis devront décider jusqu’où ils s’impliquent réellement : soutien décisif ou engagement total.

Une guerre n’est jamais seulement militaire. C’est une épreuve de nerfs, de légitimité, de résistance intérieure. Si le conflit s’installe, il redessinera les équilibres régionaux pour de nombreuses décennies. Un changement de régime semble même être dans les objectifs américains. Donald Trump a dit au peuple iranien : «L’heure de votre liberté approche».
Ce samedi, les peuples de la région retiennent leur souffle. Ils savent que tout a changé.

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