Trump se débarrasse de l'IA d'Anthropic après son refus de céder
La guerre de l'IA : des tensions montent entre le gouvernement américain et Anthropic, soutenue par les employés d'autres géants technologiques. ©Nathan Howard / Getty Images North America / Getty Images via AFP

Donald Trump a ordonné vendredi à son administration de «cesser immédiatement toute utilisation» de l'intelligence artificielle (IA) d'Anthropic, au lendemain du refus de la start-up californienne de l'ouvrir sans restriction à l'armée américaine au nom de l'éthique.

«J'ordonne à TOUTES les agences fédérales du gouvernement américain de CESSER IMMEDIATEMENT toute utilisation de la technologie d'Anthropic. Nous n'en avons pas besoin, nous n'en voulons pas, et nous ne travaillerons plus avec eux», a tonné le président américain sur sa plateforme Truth Social.

Editrice du modèle d'IA Claude, Anthropic a refusé la veille de céder à l'ultimatum expirant ce vendredi du ministre de la Défense Pete Hegseth, qui exigeait de ses fournisseurs d'IA qu'ils lèvent toute restriction d'utilisation de leurs modèles par défaut.

Avec cette décision, la jeune entreprise a en fait dressé une limite éthique à l'usage de sa technologie – à laquelle l'armée et le renseignement américains ont déjà recours pour la défense du pays – dans deux cas précis: la surveillance de masse des citoyens américains et les armes mortelles entièrement autonomes.

«Dans un nombre restreint de cas, nous pensons que l'IA peut nuire aux valeurs démocratiques, plutôt que les défendre», a défendu son patron Dario Amodei, qui a signé en juin un contrat de 200 millions de dollars avec le gouvernement américain.

«Egoïsme»

«Utiliser ces systèmes à des fins de surveillance de masse domestique est incompatible avec les valeurs démocratiques», a-t-il ajouté.

Le dirigeant quadragénaire a insisté sur le fait que les systèmes les plus avancés d'IA ne sont pas encore fiables au point de leur confier le pouvoir de contrôler des armes mortelles – et donc de tuer – sans une supervision humaine en dernier ressort.

Les armes entièrement autonomes «doivent être déployées avec des garde-fous appropriés, qui n'existent pas aujourd'hui», a estimé Dario Amodei.

«Nous ne fournirons pas sciemment un produit qui met militaires et civils américains en danger», a-t-il tranché.

Donald Trump a qualifié d'«erreur désastreuse» le refus d'Anthropic d'accorder un accès inconditionnel à son IA Claude.

«Leur égoïsme met en danger des vies américaines, nos troupes et la sécurité nationale», a accusé le président républicain.

«Les États-Unis ne laisseront jamais une entreprise de gauche radicale et woke dicter à notre grande armée comment combattre et gagner des guerres !», s'est-il énervé en majuscules.

Face à la pression exercée par le gouvernement Trump, quelque 400 employés de Google et OpenAI ont exprimé vendredi leur soutien à Anthropic dans une lettre ouverte.

«Le Pentagone négocie avec Google et OpenAI pour leur faire accepter ce qu'Anthropic a refusé», écrivent-ils.

«S'unir»

«Nous espérons que nos dirigeants vont mettre leurs différences de côté et s'unir pour refuser les demandes» du ministère de la Défense, exhortent les auteurs.

Dans un autre appel publié vendredi, des syndicats et organes de représentation de salariés d'Amazon, Microsoft et Google ont demandé à leurs employeurs de «rejeter les demandes du Pentagone».

Dans son bras de fer avec Anthropic, Pete Hegseth lui avait fixé un ultimatum, jusqu'à ce vendredi 22H01 GMT, pour se plier à ses exigences, sous peine de contraindre la start-up à s'exécuter en vertu d'une législation spécifique datant de la Guerre froide.

Le ministère de la Défense assure qu'il entend se servir des modèles de ses fournisseurs d'IA dans le respect de la loi.

Fondée en 2021 par des anciens d'OpenAI, Anthropic a toujours revendiqué une approche éthique de l'IA.

Début 2026, la start-up a publié un document appelé constitution qui détaille une série d'instructions données à Claude pour encadrer sa production. Elles visent notamment à «empêcher des actions à la dangerosité inappropriée».

Donald Trump a expliqué qu'une période de transition de six mois allait s'ouvrir, pendant laquelle le ministère de la Défense en particulier allait se séparer des outils d'Anthropic.

Contactée par l'AFP, Anthropic n'a pas donné suite dans l'immédiat.

Par Elodie SOINARD/AFP

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