Alors! ils vont frapper? Et nous?
©Ici Beyrouth

Ces derniers jours, du matin au soir, ce sont les deux questions que tous les Libanais posent à chaque fois qu’ils entament une discussion.
Et comme toujours, chacun y va de son analyse géostratégique pour conclure que personne n’en sait rien.

Pour une raison très simple: les principaux intéressés n’ont pas encore pris de décision!
À Washington, on fait monter la pression en expliquant que les jours sont comptés avant une frappe si les Iraniens continuent à tergiverser. Dans son discours sur l’état de l’Union, Donald Trump a affirmé qu’il privilégiait la solution diplomatique, mais qu’il était hors de question que l’Iran développe un arsenal nucléaire. «Toutes les options sont sur la table», a-t-il dit, d’autant plus que, selon le président américain, l’Iran chercherait à développer des missiles capables d’atteindre les États-Unis.

À Téhéran, on promet un embrasement régional, en cas de frappes, avec l’assurance tranquille d’un régime aveuglé par ses propres mensonges.
Un point sur lequel tout le monde, pourtant, s’accorde: les mollahs jouent leur survie. Ce qui les rend d’autant plus imprévisibles et dangereux.

Pris en étau entre un front interne, avec la reprise des manifestations et de la contestation sociale, et un front externe où les pressions américaines se resserrent, Téhéran avance désormais sur une ligne de crête. Trop de concessions aux Occidentaux et il s’aliène sa base radicalisée. Trop de confrontation, et il risque une défaite militaire humiliante.
La diplomatie serait vécue comme une capitulation. La guerre serait perdue d’avance.

Alors que faire, quand négocier est dangereux…et combattre suicidaire? Comme à leur habitude, les mollahs pourraient…«externaliser» leur riposte.

C’est toute la doctrine stratégique de la République islamique: faire la guerre sans jamais la déclarer, frapper sans jamais signer, et mourir par procuration. En Irak, au Yémen…et bien sûr au Liban, où le franchisé local continue de confondre aliénation régionale et Kerbala nationale avec une régularité métronomique.

Dans ce contexte, les positions russe et chinoise seront déterminantes. Moscou et Pékin n’ont aucune envie de voir tomber un allié stratégique qui leur sert à la fois de levier contre Washington et de perturbateur utile. Mais de là à risquer une confrontation directe avec les États-Unis pour sauver Téhéran? Rien n’est moins sûr.

Comme souvent, le soutien des deux empires sera probablement diplomatique, économique…et soigneusement calibré pour éviter toute implication militaire directe. Suffisant pour prolonger la crise. Pas forcément pour la gagner.

Et pendant ce temps-là, au Liban, tout est gelé. Ou au ralenti. Dans l’attente fébrile de voir ce qui se décantera dans le dossier iranien. Aucune percée sur la tenue, ou non, des élections législatives prévues en mai.
La conférence de soutien à l’armée libanaise, qui doit se tenir le 5 mars à Paris, suscite déjà une timidité toute conjoncturelle chez les bailleurs potentiels, peu enclins à investir dans un pays qui pourrait, du jour au lendemain, se retrouver entraîné dans une guerre dévastatrice. 

D’autant que le Hezbollah poursuit ses diatribes guerrières et ses slogans creux. Une nouvelle guerre de «soutien» pourrait être présentée comme un devoir sacré, une nécessité stratégique. Peu importe que les Israéliens aient déjà averti que, cette fois, ils ne se contenteraient plus de viser des positions militaires mais s’en prendraient aux infrastructures civiles du pays. L’armée israélienne a une liste de 1 200 cibles dans le collimateur.

Tout le monde, à Beyrouth, retient son souffle. Y compris l’État qui semble, de manière ubuesque, impuissant à contraindre la milice à épargner au pays une énième aventure «héroïque» aux conséquences désastreuses. Mais ce serait mal connaître le Hezbollah, qui a fait de l’erreur stratégique une ligne de conduite, toujours au nom de Téhéran, jamais au nom du Liban, qui est suspendu à une décision qu’il ne prend pas, dans une guerre qu’il ne veut pas, au service d’une stratégie qui n’est pas la sienne.
Raymond Aron disait: “la souveraineté ne se partage pas, elle se perd.”

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