Procès réseaux sociaux: YouTube assure «privilégier la valeur des contenus»
Le vice-président de l’ingénierie de YouTube, Cristos Goodrow (à gauche), arrive au tribunal supérieur de Los Angeles pour le procès sur les réseaux sociaux visant à déterminer si les géants des médias sociaux ont délibérément conçu leurs plateformes pour rendre les enfants dépendants, à Los Angeles, le 23 février 2026. ©Frederic J. BROWN / AFP

Le procès californien historique sur l’addiction aux réseaux sociaux se poursuit: lundi, YouTube a défendu sa stratégie, affirmant ne pas chercher à maximiser le temps passé par les utilisateurs, mais à «offrir le plus de valeur possible». La plaignante, Kaley G.M, 20 ans, accuse plusieurs géants du numérique, dont YouTube et Instagram, d’avoir favorisé son addiction dès l’enfance. Au-delà de cette affaire individuelle, le procès soulève une question inédite: jusqu’où les algorithmes sont-ils responsables de la consommation excessive de contenus numériques?

Un dirigeant de YouTube a assuré lundi que la plateforme privilégiait l'utilité de ses contenus pour les internautes à la maximisation du temps passé sur le site, à l'orée de la troisième semaine du procès de l'addiction aux réseaux sociaux.

«YouTube n'est pas conçu pour maximiser le temps» passé à regarder ses vidéos, mais «pour offrir aux gens le plus de valeur», a déclaré Cristos Goodrow, vice-président chargé de l'ingénierie, lors de son audition devant un tribunal civil de Los Angeles, aux États-Unis.

Ce cadre technique a pris la place du patron de YouTube, Neal Mohan, qui devait initialement représenter la filiale de Google face aux jurés.

Cette stratégie contraste avec celle de Meta, qui a envoyé à l'audience, outre le patron d'Instagram, Adam Mosseri, le PDG du groupe tout entier, Mark Zuckerberg, entendu mercredi dernier.

Le jury doit déterminer d'ici fin mars si YouTube et Instagram sont en partie responsables des problèmes de santé mentale qu'a connus Kaley G.M., à l'origine de la procédure.

Cette Californienne de 20 ans a commencé à fréquenter YouTube à six ans et Instagram à neuf. Elle affirme avoir développé une addiction à ces plateformes.

«YouTube ne cherche pas à rendre les gens accros», a clamé lundi Cristos Goodrow, lors de son interrogatoire par l'avocat de la plaignante, Mark Lanier.

L'avocat a produit un document interne datant de 2013 qui fixait à YouTube l'objectif d'un milliard d'heures de contenus consommés quotidiennement sur la plateforme d'ici 2016. Cette cible a été atteinte, et dépassée, en 2024.

Puissant algorithme

Il a cité d'autres documents internes faisant référence à des recherches ayant mis en évidence les effets néfastes d'un temps excessif passé à regarder des vidéos.

M. Goodrow a convenu que les enfants ne devraient pas sacrifier leur sommeil pour regarder des vidéos sur YouTube, et a affirmé que l'entreprise considérait le scrolling (le fait de faire défiler les contenus) comme un échec, et non comme un succès.

«Nous voulons que les gens puissent regarder ce qu'ils veulent, aussi rapidement que possible», a-t-il déclaré. «S'ils scrollent, ils finiront par être frustrés.»

Il a défendu à l'inverse le modèle de YouTube, bâti sur un puissant algorithme de recommandation.

Le dirigeant a également insisté sur le fait que YouTube ne devait pas être mis sur le même plan que des réseaux sociaux tels que Facebook ou Snapchat, soulignant que la plateforme n'avait pas été conçue pour se connecter à une communauté ou échanger des messages éphémères.

Le procès en cours est considéré comme un test important pour l'avenir des centaines d'autres procédures similaires en cours.

L'enjeu ne concerne pas les contenus eux-mêmes, la loi protégeant les plateformes de toute responsabilité en la matière, mais la stratégie des applications, taxées d'avoir sciemment encouragé la surconsommation d'images et de vidéos.

Alors qu'elle ne devait initialement pas être entendue, Kaley G.M. va finalement être auditionnée cette semaine, mardi ou mercredi.

TikTok et Snapchat, également visés par ces plaintes, ont préféré signer un accord confidentiel avec Kaley G.M. avant le procès.

Les procédures en cours à Los Angeles se déroulent en parallèle d'une procédure similaire menée cette fois à l'échelle nationale, devant une juge fédérale d'Oakland (Californie), et susceptible de déboucher sur un autre procès en 2026.

Meta est aussi en procès ce mois-ci au Nouveau-Mexique, où un procureur accuse le groupe de privilégier le profit au détriment de la protection des mineurs contre les prédateurs sexuels.

Avec AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire