Au-delà de la guerre et de ses objectifs immédiats
©Ici Beyrouth

La question d’une frappe contre l’Iran ne relève plus véritablement de l’intention, mais du calendrier. Le principe semble acquis ; reste à en déterminer le moment opportun. Sur le plan politique, les postures iraniennes face aux États-Unis ont perdu toute portée dissuasive. Quant aux atermoiements de Téhéran dans les négociations, ils apparaissent désormais pour ce qu’ils sont : une stratégie de temporisation visant à gagner du temps, guère plus.

Les développements récents tendent à confirmer que l’étau se resserre. Les annonces américaines portant sur l’évacuation de ressortissants et de personnels diplomatiques, conjuguées aux avertissements de Witkoff sur la proximité alléguée de l’Iran avec le seuil nucléaire, accréditent l’idée qu’une intervention ne relève plus du simple scénario d’anticipation, mais d’une éventualité désormais tangible.

Dès lors, la véritable interrogation ne porte plus sur la survenance d’une frappe, mais sur sa finalité stratégique. Celle de juin 2025 visait la destruction du site de Fordo et l’appui à Israël, alors confronté à une salve massive de missiles iraniens. Elle relevait d’une logique de démonstration de force et de réaffirmation de la dissuasion. Pourtant, loin de marquer un infléchissement, cette séquence semble avoir renforcé la détermination de Téhéran à défier Washington, lequel disposerait désormais d’un éventail d’objectifs clairement identifiés sur le territoire iranien.

Reste à hiérarchiser les priorités. L’objectif consiste-t-il à contraindre l’Iran à revenir à la table des négociations selon des termes strictement américains ? Ou bien s’agit-il d’une ambition plus radicale : provoquer l’effondrement du régime et tourner définitivement la page de la République islamique instaurée en 1979?

Dans les calculs de Washington, la seule limite tangible semble être celle du temps. Les États-Unis redoutent par-dessus tout l’enlisement, hantés par les précédents pakistanais, afghan et irakien. L’obsession stratégique est donc claire: frapper vite, frapper fort, et surtout frapper court. L’objectif serait de neutraliser les capacités adverses sans s’engager dans une guerre d’usure coûteuse, tant en vies humaines qu’en ressources financières, pour eux-mêmes comme pour Israël.

Certes, le coût d’une opération pourrait être jugé acceptable au regard des enjeux: affaiblir durablement l’Iran et démanteler l’architecture régionale de ses relais. Mais le véritable adversaire de l’armée américaine demeure le temps. Toute intervention devrait être calibrée pour éviter l’engrenage, circonscrire l’engagement et préserver la liberté d’action stratégique.

Une fois fixés l’objectif politique ultime et le seuil de durée tolérable, la frappe s’impose presque d’elle-même dans la mécanique décisionnelle américaine. Il est probable que l’administration Trump ait déjà mené cette réflexion et arrêté, dans le secret de ses arbitrages, la ligne qu’elle entend suivre.

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