Il serait peu dire que la pluie s’est fait attendre cette année. Après un automne particulièrement sec, marqué par des mois de septembre, octobre et novembre avares en précipitations, beaucoup redoutaient un hiver aussi aride que le précédent. Pourtant, ces dernières semaines, la nature semble s’être rattrapée.
Selon le service de météorologie de l’aéroport de Beyrouth, la pluie et la neige seront de nouveau au rendez-vous à partir de la nuit de mercredi à jeudi, avec l’arrivée d’une perturbation froide accompagnée d’une baisse marquée des températures. Le Liban se prépare donc à un nouvel épisode pluvieux et neigeux, dans une saison qui a déjà pris une tournure bien différente de celle de l’an dernier.
Des précipitations supérieures à l’an dernier
Selon le service de météorologie de l’aéroport de Beyrouth, les précipitations enregistrées jusqu’à aujourd’hui dépassent celles de l’année dernière dans les principales stations du pays :
- Beyrouth : 388 mm cette année, contre 335 mm à la même date en 2024.
- Tripoli : 613 mm, contre 431 mm l’an dernier.
- Zahlé : 344 mm, contre 233 mm l’an dernier.
À ce stade de la saison, les niveaux de 2024 ont donc été dépassés.
Toutefois, la moyenne annuelle calculée sur trente ans n’a pas encore été atteinte. Un constat à nuancer, selon le service, car les moyennes historiques reposent sur une période où les précipitations étaient plus abondantes qu’aujourd’hui. La tendance générale des dernières années est au recul des pluies au Liban, notamment sous l’effet du réchauffement climatique.
Le retour des basses pressions
Même lecture chez le météorologue père Elie Khneisser. Après un automne sec et inquiétant, l’installation à partir du 30 novembre des basses pressions, favorables aux perturbations et aux pluies abondantes, a changé la donne. Quatre tempêtes, entre Noël et fin février, ont permis de relever significativement les précipitations.
Et les effets sont visibles : le niveau du lac de Qaraoun a augmenté, les barrages et bassins se sont partiellement remplis et plusieurs sources ont recommencé à couler. À ce stade, les quantités d’eau enregistrées placent le pays dans une situation plus rassurante que l’an dernier, dans l’attente des précipitations de mars et avril.
Nappes phréatiques : un déficit encore présent
Malgré cette amélioration, le retard accumulé l’an dernier n’a pas été totalement comblé.
Le service de météorologie de l’aéroport de Beyrouth rappelle que la saison 2024-2025 avait été marquée par un important déficit en pluie et en neige, poussant les citoyens à puiser massivement dans les nappes phréatiques. Les réserves souterraines ont été fortement sollicitées.
Père Khneisser souligne, de son côté, que l’enneigement reste inférieur à la normale cette année, avec un déficit estimé à près de 75 %. Or, dans des régions comme la Békaa, la recharge des nappes dépend largement de la fonte des neiges.
En clair, la situation s’améliore, mais le pays n’a pas encore récupéré tout ce qui a été puisé. Il faudra des saisons encore plus généreuses pour reconstituer pleinement les réserves.
Les agriculteurs respirent, sans être rassurés
Dans la Békaa, Ibrahim Tarchichi, président de l’Association des agriculteurs, dresse un constat nuancé.
À Tal Amara, 325 mm de précipitations ont été enregistrés jusqu’à présent, alors que la moyenne annuelle atteint 450 mm. Le déficit persiste donc. Mais la comparaison avec l’an dernier est sans appel : en 2024, les cumuls annuels n’avaient même pas atteint 250 mm, et les pluies étaient faibles et éparses, pénétrant mal dans les sols.
« Cette année, à la même date, la saison est deux fois plus arrosée que l’an passé », souligne-t-il.
Les cultures profitent de cette amélioration. Selon M. Tarchichi, la saison du blé est excellente, tout comme celle des oignons, grâce à des pluies régulières. Les vignobles et les arbres fruitiers se portent globalement bien.
Mais l’inquiétude demeure face aux fortes variations thermiques dans la Békaa, où les températures peuvent grimper à 24 degrés en journée puis chuter sous zéro la nuit. Ces écarts fragilisent les cultures.
Globalement, le secteur agricole se porte mieux que l’an dernier, sans pour autant avoir retrouvé un équilibre pleinement satisfaisant. Et il reste vulnérable, notamment en raison du manque de soutien de l’État et de ses structures, indispensables pour que les agriculteurs se sentent réellement à l’abri.
Une eau qui continue de se perdre
Car au-delà des caprices du ciel, le problème reste structurel.
Selon le service de météorologie de l’aéroport de Beyrouth, une partie importante des pluies continue d’être perdue en mer, faute de barrages suffisants, de plan de stockage adapté et d’infrastructures hydrauliques efficaces.
Le père Khneisser abonde dans le même sens : le Liban ne parvient pas à exploiter pleinement sa richesse hydrique en raison d’un manque de vision, de planification et de financement. Certains barrages existants, comme celui de Msaylaha, souffrent de défauts de conception entraînant des pertes par infiltration.
Il estime notamment que les citoyens auront probablement moins recours aux citernes d’eau que l’an dernier. Mais, souligne-t-il, la question ne se poserait même pas si l’eau était correctement stockée au lieu de s’écouler vers la mer.
Ainsi, au Liban, même lorsque le ciel se montre généreux, la gestion de l’eau reste défaillante.
Pour le service, plusieurs indicateurs laissent penser que la prochaine saison pluviale pourrait être encore meilleure que celle-ci.
Reste à savoir si l’État saura, d’ici là, tirer profit de cette richesse. Se réveillera-t-il pour planifier, stocker et protéger ? Ou continuera-t-il à laisser s’écouler vers la mer une ressource vitale, laissant agriculteurs et citoyens affronter seuls les aléas du climat ?



Commentaires