- Accueil
- Multimédia
- El Mencho tué, Mexique secoué
La mort d’El Mencho, l’un des plus grands barons de la drogue, referme un chapitre sanglant de l’histoire contemporaine du Mexique. Dimanche, à 59 ans, Nemesio Oseguera Cervantes, fondateur du Cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG), a été tué lors d’une opération de l’armée, entrainant une vague de violences dans le pays. Washington avait mis sa tête à prix pour 15 millions de dollars. Jusqu’au bout, il aura incarné une nouvelle génération de barons de la drogue, plus audacieux, plus agressifs, défiant frontalement l’État.
Dans un pays marqué par l’arrestation et l’extradition vers les États-Unis des figures historiques du cartel de Sinaloa, Joaquin Guzman et Ismael Zambada, El Mencho apparaissait comme le dernier grand parrain encore en cavale. Son ascension fulgurante a redessiné la carte du narcotrafic mexicain.
La violence comme signature
«Violent de nature», selon le spécialiste du narcotrafic José Reveles, El Mencho ne se contentait pas de défendre ses territoires: il attaquait. Le 20 juin 2020, ses hommes ont mené une opération spectaculaire contre Omar Garcia Harfuch, alors chef de la police de Mexico et aujourd’hui secrétaire fédéral à la Sécurité publique. L’attaque, en plein jour, a blessé le haut responsable et coûté la vie à trois personnes, dont deux gardes du corps.
Ce défi ouvert au pouvoir s’inscrivait dans une stratégie plus large. Dès 2015, le CJNG tirait sur la toute nouvelle Gendarmerie nationale dans l’État de Jalisco, avant de tendre un guet-apens à un convoi de policiers. Les narcos allaient jusqu’à abattre un hélicoptère militaire au lance-roquettes, ériger des barrages et incendier des véhicules. Le bilan fut lourd: des dizaines de morts, parmi lesquels 20 policiers et neuf militaires.
La démonstration était claire: le CJNG n’était pas une organisation clandestine cherchant l’ombre, mais une armée parallèle prête à affronter l’État mexicain.
Un homme insaisissable
Malgré cette brutalité affichée, El Mencho restait une figure discrète. Les images de lui sont rares. Sur les avis de recherche américains, son visage anguleux et sa fine moustache contrastent avec une ancienne photo de la DEA datant de 1989, où il apparaît plus juvénile, cheveux frisés et traits encore imprécis.
Né en 1966 dans une famille pauvre du Michoacán, région marquée par la culture illégale du cannabis, il émigre jeune aux États-Unis. Condamné dans les années 1980 pour trafic d’héroïne, il est expulsé après avoir purgé sa peine. De retour au pays, il rejoint le cartel del Milenio avant d’en être écarté lors de luttes internes.
En 2009, installé dans le Jalisco voisin, il fonde les «Mata Zetas», embryon du futur CJNG. Deux ans plus tard, en 2011, le groupe signe l’un de ses actes les plus macabres: 35 cadavres abandonnés près d’une réunion de procureurs à Veracruz. Le message est limpide: le CJNG est désormais un acteur incontournable.
Expansion et ambitions mondiales
À mesure que le Cartel Jalisco Nueva Generacion prend l’ascendant sur ses rivaux, il s’impose comme le cartel le plus puissant d’un Mexique meurtri par plus de 450.000 morts et 100.000 disparus depuis 2006. Après l’extradition d’El Chapo et l’incarcération d’El Mayo, El Mencho domine la scène criminelle.
En 2025, le département d’État américain classe le CJNG comme organisation terroriste, soulignant son caractère transnational et sa présence quasi généralisée sur le territoire mexicain. Trafic de drogue et d’armes, extorsion, traite de migrants, vols de pétrole et de minerais: l’organisation diversifie ses activités et infiltre de nouveaux marchés.
Ne contrôlant pas totalement les points stratégiques de la frontière américaine, El Mencho mise sur l’international. «L’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie étaient moins disputées», explique M. Reveles. Là-bas, la drogue se vend plus cher.
Héritage familial et chute
Divorcé, père de trois enfants, Oseguera a vu sa famille rattrapée par la justice. Son ex-épouse et deux de ses fils ont été arrêtés. L’aîné, Rubén Oseguera, alias «El Menchito», a été condamné à la prison à perpétuité aux États-Unis.
La mort d’El Mencho ouvre une période d’incertitude. Si son empire ne disparaîtra pas du jour au lendemain, la disparition de son chef charismatique pourrait attiser les luttes internes et redessiner une nouvelle fois l’équilibre des forces criminelles.
Au Mexique, la violence a souvent survécu à ses parrains. Mais avec la chute de Nemesio Oseguera Cervantes, c’est une ère qui s’achève celle d’un homme qui avait fait de la terreur un instrument de pouvoir, et du défi à l’État une marque de fabrique.
Lire aussi

Commentaires