Ours d’or pour «Yellow Letters» à la 76e Berlinale
Le réalisateur allemand Ilker Catak (à droite) et le producteur allemand Ingo Fliess posent lors d’un photocall après avoir remporté l’Ours d’or du meilleur film pour «Gelbe Briefe» («Yellow Letters») à la 76e Berlinale, premier grand festival de cinéma européen de l’année, à Berlin, le 21 février 2026. ©Ronny HARTMANN / POOL / AFP

Grand rendez-vous du cinéma d’auteur international, la 76ᵉ Berlinale a une nouvelle fois mis à l’honneur des œuvres venues d’horizons variés et des talents confirmés. L’Ours d’or a été attribué à Yellow Letters de Ilker Catak, tandis que le Grand Prix du jury est revenu à Salvation d’Emin Alper. L’Ours d’argent de la meilleure interprétation a distingué Sandra Hüller pour Rose, et Queen at Sea de Lance Hammer** a également été primé, avec des récompenses d’interprétation pour Anna Calder-Marshall et Tom Courtenay.

La 76e  Berlinale a décerné l'Ours d'Or à Yellow Letters du réalisateur allemand Ilker Catak, un film sur l'autoritarisme et la censure des artistes, en clôture d'un festival particulièrement agité par des polémiques politiques et la guerre à Gaza.

«Beaucoup de personnes sont arrivées en portant avec elles beaucoup de chagrin et de colère, ainsi qu’un certain sentiment d'urgence face au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui», a entamé la directrice du festival Tricia Tuttle lors de la cérémonie de clôture.

«La Berlinale a été émotionnellement chargée», a-t-elle reconnu, visiblement émue, après des jours de polémique et d'accusations de censure visant la Berlinale, festival à la tradition très politique.

Le jury, présidé par le réalisateur allemand Wim Wenders, a finalement décidé de récompenser un film tourné en Allemagne, en langue turque. Les scènes censées se passer à Ankara et Istanbul ont été tournées à Berlin et Hambourg.

Il raconte le destin d'un metteur en scène turc et de sa femme actrice, soudain interdits de travailler en raison de leurs opinions politiques.

Lors de la remise du prix, le producteur du film, l'Allemand Ingo Fliess, a tenu à rappeler une scène du film dans laquelle artistes et intellectuels poussés à bout se disputent.

Apaisement

«Ça m'a rappelé ces derniers jours à la Berlinale. Des réalisateurs contre d'autres réalisateurs, des artistes contre des créatifs (...). Nous sommes alliés», a-t-il insisté.

Pour rappel, le président du jury, Wim Wenders, cible d'attaques pour avoir dit que le cinéma devait «rester en dehors de la politique», a tenté d'apaiser la situation.

«Le langage du cinéma est empathique. Le langage des réseaux sociaux est efficace», a relevé le réalisateur allemand, saluant l'ardeur militante des activistes. «Vous faites un travail courageux et nécessaire. Mais est-ce que cela doit être une compétition?», a-t-il interrogé.

«Pas seuls»

Également récompensé du grand prix du jury, équivalent de la 2ᵉ place, pour son film Salvation, le réalisateur turc Emin Alper a lu un message de solidarité notamment pour «le peuple d'Iran qui souffre sous la tyrannie» et «les Kurdes au Rojava».

«Vous n'êtes pas seuls», a-t-il aussi lancé à l'adresse des opposants politiques turcs emprisonnés, dont le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu.

Son film, inspiré d'une histoire vraie, raconte la descente vers la violence d'un village reculé de Turquie, confronté au clan d'un village voisin.

Le jury de la Berlinale a aussi choisi de récompenser l'actrice allemande Sandra Hüller d'un Ours d'argent de la meilleure interprétation (prix hommes et femmes confondus) pour sa performance dans Rose, de Markus Schleinzer.

Dans ce drame en noir et blanc, elle incarne une femme se faisant passer pour un homme dans une petite communauté rurale de l'Allemagne du 17ᵉ siècle, afin d'échapper au patriarcat.

Un autre film a particulièrement plu au jury puisqu'il a été distingué deux fois. Queen at Sea, de l'Américain Lance Hammer, a notamment reçu le prix du jury.

Ce film avec Juliette Binoche raconte les ravages d'Alzheimer sur les proches des personnes atteintes de cette maladie. Anna Calder-Marshall, qui joue à 79 ans une dame atteinte de démence, et son partenaire à l'écran Tom Courtenay, 88 ans, ont conjointement reçu l'Ours d'argent du meilleur second rôle.

Par Antoine GUY et Pierrick YVON / AFP

 

 

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