L’histoire retiendra peut-être cette date comme un point de bascule: le 19 février 2026, le frère cadet du roi Charles III est arrêté et placé en garde à vue par la police britannique. Une scène inimaginable il y a encore quelques années: un fils d’Elizabeth II, conduit par les forces de l’ordre comme n’importe quel justiciable.
Soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles au financier américain Jeffrey Epstein, Andrew incarne désormais l’un des plus graves scandales ayant frappé la monarchie contemporaine.
Des salons feutrés à la tempête judiciaire
Tout commence en 1999. Andrew rencontre Epstein par l’intermédiaire de Ghislaine Maxwell, mondaine britannique et complice du financier. Les cercles sont alors mondains, influents, et internationaux. Rien ne semble troubler la proximité entre un prince britannique et un homme d’affaires déjà controversé.
En 2008, Epstein est condamné pour des infractions sexuelles impliquant des mineures. Pourtant, les liens ne se rompent pas immédiatement. Une photographie de 2010 montrant Andrew marchant aux côtés d’Epstein à New York deviendra plus tard l’icône d’une amitié impossible à expliquer.
2011: première fissure
En juillet 2011, Andrew renonce à son rôle d’envoyé spécial du Royaume-Uni pour le commerce international. Quelques mois auparavant, la presse britannique publie une photo le montrant en compagnie de Virginia Giuffre, principale accusatrice d’Epstein. Officiellement, il s’agit d’un retrait stratégique. Officieusement, la pression médiatique monte. La monarchie encaisse, sans rompre.
C’est dans le cadre de ses fonctions commerciales qu’il est aujourd’hui soupçonné d’avoir transmis des informations sensibles au financier américain.
2019: l’interview de trop
Novembre 2019, Andrew accorde une interview à la BBC. Il y nie toute relation sexuelle avec Virginia Giuffre, affirme ne pas se souvenir de l’avoir rencontrée, et tente de justifier ses liens avec Epstein.
L’effet est dévastateur. L’opinion publique ne suit pas. Les partenaires se retirent. Andrew annonce son retrait de la vie publique. Pour beaucoup, la chute commence réellement ici.
2022: retrait des titres militaires
En août 2021, Virginia Giuffre engage aux États-Unis une action civile pour agression sexuelle contre Andrew. En janvier 2022, la justice américaine juge sa plainte recevable. Le lendemain, la reine Elizabeth II retire à son fils ses titres militaires honorifiques ainsi que l’ensemble de ses patronages royaux, marquant une prise de distance sans précédent.
Un mois plus tard, en février 2022, un accord à l’amiable est conclu entre les deux parties. Si le montant exact demeure confidentiel, plusieurs médias britanniques l’estiment à plus de 12 millions de dollars. Andrew ne reconnaît aucune responsabilité dans ce règlement. Sur le plan judiciaire, l’affaire s’éteint; sur le plan politique et symbolique, la disgrâce, elle, est consommée.
2024-2025: l’étau se resserre
En décembre 2024, le nom de Prince Andrew refait surface dans un nouveau scandale, cette fois en lien avec un homme d’affaires chinois soupçonné d’activités d’espionnage, ravivant les interrogations sur ses fréquentations. La publication de documents judiciaires en janvier 2025 dévoile des échanges de courriels entre Andrew et Jeffrey Epstein datant de 2011, en contradiction avec ses affirmations répétées selon lesquelles il aurait rompu tout contact dès 2010.
Le 17 octobre 2025, à la suite de nouvelles accusations rendues publiques dans les mémoires posthumes de Virginia Giuffre, l’ancien duc annonce qu’il renonce à son titre de duc d’York. Deux semaines plus tard, le 30 octobre, le roi Charles III lui retire l’ensemble de ses titres, y compris celui de prince.
La rupture avec la monarchie devient alors officielle et définitive.
2026: le point de non-retour
Le ministère américain de la Justice rend publics, début février 2026, des millions de nouveaux documents liés au dossier Jeffrey Epstein, relançant la pression autour du prince déchu.
Parmi ces éléments figurent des photographies non datées montrant Andrew agenouillé au-dessus d’une jeune femme au visage dissimulé, des courriels évoquant des rencontres «privées» à Buckingham, ainsi qu’une nouvelle accusation d’agression sexuelle émanant d’une femme qui affirme avoir été envoyée en Angleterre en 2010 pour rencontrer Andrew à Royal Lodge.
Le 2 février, sous l’effet d’une pression croissante, Andrew quitte Windsor et s’installe à Sandringham.
Le 9 février, la police indique «examiner» des informations selon lesquelles il aurait transmis en 2010 des rapports confidentiels à Epstein alors qu’il occupait des fonctions officielles. Deux jours plus tard, l’ancien Premier ministre Gordon Brown appelle publiquement à un examen approfondi de l’ensemble des allégations. Le 19 février 2026, Andrew est arrêté puis relâché le soir même en attendant les suites de l'enquête.
Une monarchie à l’épreuve
Au-delà du destin personnel d’Andrew, l’affaire révèle la fragilité d’une institution qui semblait jusque-là immuable. La monarchie britannique a survécu aux crises conjugales, aux scandales financiers, aux tempêtes médiatiques. Mais cette fois, il ne s’agit pas d’image. Il s’agit d’allégations criminelles, de transmission potentielle d’informations sensibles, et d’un réseau mondial d’exploitation sexuelle.
Dans les couloirs feutrés de Buckingham, une certitude s’impose: l’ère de l’impunité symbolique est révolue. Andrew n’est plus un prince. Il est un homme sous enquête.



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