Les druzes de Syrie sont toujours en danger sept mois après des affrontements meurtriers avec les forces gouvernementales, affirme le chef spirituel druze en Israël dans un entretien avec l'AFP.
«Ils sont toujours assiégés, complètement encerclés. On ne les autorise pas à faire entrer la moindre aide humanitaire, y compris celle que nous essayons d'acheminer», a dit cette semaine Cheikh Mowafaq Tarif depuis Julis, un village druze du nord d'Israël.
Une cellule de crise y a été mise en place pour coordonner les efforts d'aide aux druzes de Syrie.
Des drapeaux israéliens et druzes sont accrochés aux murs de la vaste salle, aux côtés d'affiches en hébreu et arabe en soutien aux druzes syriens. Une pancarte en anglais proclame «Druze lives matter» (La vie des druzes compte), au-dessus d'un poing levé.
Cette minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe est répartie entre certaines régions de Syrie, du nord d'Israël, du Liban et du plateau du Golan occupé par Israël.
En juillet, des affrontements avaient éclaté dans la province de Soueïda, à l'extrême sud de la Syrie, entre des combattants druzes syriens et des tribus bédouines sunnites, aux côtés desquelles sont intervenues des forces loyales au président syrien Ahmad al-Chareh.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, les combats ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes «exécutés sommairement par des éléments des ministères de la Défense et de l'Intérieur».
«Capables de se défendre»
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU a estimé qu'environ 187.000 personnes avaient été déplacées par les violences.
«Il y a encore plus de 120.000 déplacés», affirme Cheikh Mowafaq Tarif.
Selon lui, 38 villages «ont été pris» par les forces de Damas, «et les habitants n'ont pas le droit d'y retourner» et «il y a plus de 300 captifs, dont des enfants et des femmes».
Malgré un cessez-le-feu conclu en juillet, l'accès à la province de Soueïda reste difficile, même si plusieurs convois d'aide y sont entrés depuis.
Des habitants ont accusé le gouvernement syrien d'y imposer un blocus, ce que Damas dément.
«Pourquoi ne pas les laisser revenir dans leurs villages ? Nous sommes au cœur de l'hiver et c'est une région montagneuse, il y fait très froid», s'indigne Cheikh Mowafaq Tarif.
Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes gouvernementales syriennes, alors que Damas consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.
Mowafaq Tarif affirme que les druzes n'ont pas besoin de forces de sécurité gouvernementales dans cette région et qu'ils disposent «de forces capables de se défendre et de maintenir l'ordre». Il accuse les troupes de Damas de compter des «jihadistes», renvoyant au passé jihadiste d'Ahmad al-Chareh.
Accès aux «lieux saints»
Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, y compris ceux du Golan occupé, était intervenu pendant les affrontements à Soueïda en bombardant les forces gouvernementales syriennes au nom de la défense de cette communauté.
Depuis le renversement, en décembre 2024, du président syrien Bachar al-Assad, Israël a déployé des troupes dans la zone tampon du Golan, placée sous contrôle de l'ONU et censée être démilitarisée, et a livré de l'aide aux druzes de Soueïda à au moins deux reprises.
Les deux pays, techniquement encore en guerre, ont tenu plusieurs cycles de pourparlers directs ces derniers mois.
Après des négociations en janvier, et sous la pression des États-Unis, ils sont convenus d'instaurer un mécanisme de partage de renseignements dans la perspective d'un accord de sécurité.
L'une des questions à l'étude concerne la possibilité pour des druzes syriens de travailler en Israël.
Affirmant en avoir «entendu parler», Cheikh Tarif dit souhaiter que n'importe quel Syrien puisse venir travailler comme journalier, «parce que la situation (économique) en Syrie est très difficile».
Il demande également que les druzes de tout le Moyen-Orient aient accès à «leurs lieux saints» en Syrie, au Liban et en Israël, «comme nos frères chrétiens et musulmans».
Par Gianluca PACCHIANI, AFP



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