Iran-États-Unis: les scénarios d'une confrontation annoncée
©Ici Beyrouth

Les préparatifs militaires américains au Moyen-Orient ne relèvent plus du simple signal diplomatique. Selon CBS News, de hauts responsables de la sécurité nationale ont informé Donald Trump que l'armée américaine était prête à frapper l'Iran «dès samedi», même si le calendrier devrait s'étendre au-delà de ce week-end. La question a été discutée mercredi dans la Situation Room, ce complexe ultra-sécurisé de 460 m² situé au sous-sol de l'aile ouest de la Maison-Blanche, tandis que le Pentagone déplace temporairement du personnel vers l'Europe ou vers les États-Unis, par anticipation de représailles iraniennes.

Tous les effectifs militaires déployés dans la région devraient être en place d'ici la mi-mars. Simultanément, des négociations indirectes se poursuivent: les délégations iranienne et américaine se sont retrouvées mardi à Genève pour plusieurs heures de discussions, sans percée décisive. La porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt a résumé l'état des chocs: «Nous sommes encore très loin sur certaines questions».

La logique d'une frappe calibrée

Le scénario le plus probable, selon le bimestriel américain Foreign Policy, n'est ni une invasion ni une guerre totale, mais une frappe chirurgicale conçue comme instrument de négociation. La logique est celle de la «négociation par la force»: l'usage limité de la force militaire vise non pas à détruire l'adversaire, mais à remodeler les termes du rapport de force avant de reprendre les négociations sur des bases nouvelles.

Dans ce cadre, les cibles prioritaires seraient les installations nucléaires, les infrastructures de missiles balistiques, les nœuds de commandement et, potentiellement, le sommet de la hiérarchie iranienne. Une telle frappe serait suivie d'une posture de domination escalatoire – sur le modèle de ce qu'avait fait Washington après l'élimination de Soleimani en 2020 –, destinée à décourager toute riposte incontrôlée.

Leavitt a d'ailleurs rappelé que l'opération de juin 2025 contre les installations nucléaires iraniennes avait été «très réussie», laissant entendre qu'un précédent existe désormais. Trump avait par ailleurs indiqué au Premier ministre israélien. Benjamin Netanyahou, lors d'une rencontre à Mar-a-Lago en décembre, qu'il soutiendrait des frappes israéliennes contre le programme balistique iranien si aucun accord n'était trouvé – une variable de coordination que la visite prévue de Marco Rubio à Jérusalem la semaine prochaine pourrait préciser.

L'environnement actuel alimente ce calcul. Depuis juin 2025, l'Iran a perdu environ deux tiers de ses lanceurs de missiles balistiques, son réseau de proxies a été sévèrement affaibli, et ses défenses aériennes ont été exposées. Foreign Policy note que cette fenêtre de vulnérabilité iranienne alimente, à Washington, un débat sur la possibilité d'extraire des concessions maximales avant que Téhéran ne se soit reconstitué.

La reconstruction iranienne comme variable centrale

Le centre de recherche israélien Alma documente une réalité qui complique ce calcul: l'Iran reconstruit activement ses capacités. Des travaux d'envergure sont en cours à Ispahan pour sceller les entrées de tunnels et y transférer des centrifugeuses. Le site de «Pickaxe Mountain», creusé à 80 à 100 mètres sous du granite, est conçu pour résister aux bombes américaines GBU-57. À Parchin, une structure souterraine destinée aux expériences d'explosifs à haute énergie – nécessaires à l'activation d'un dispositif nucléaire – était en voie d'achèvement en novembre 2025.

Sur le plan balistique, l'arsenal iranien est passé d'environ 2.500 missiles avant la guerre à entre 1.000 et 1.200 unités disponibles, avec seulement une centaine de lanceurs mobiles opérationnels. Mais les infrastructures souterraines ont survécu aux frappes, et l'Iran s'approvisionne activement en Chine pour reconstituer sa capacité de production de carburant solide. Chaque mois qui passe réduit la profondeur de l'avantage militaire israélo-américain – et c'est précisément cet argument qui structure la pression en faveur d'une action rapide.

L'escalade régionale et le risque énergétique

Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) identifie quatre scénarios de perturbation pétrolière aux conséquences très inégales. Une interruption des exportations iraniennes – 1,6 million de barils par jour – provoquerait une hausse gérable de 10 à 12 dollars le baril.

En revanche, si l'Iran ciblait le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz – par lequel transitent quelque 18 millions de barils par jour – les prix pourraient dépasser 90 dollars. Une attaque directe sur les infrastructures pétrolières du Golfe provoquerait un choc historique au-delà des 130 dollars enregistrés après l'invasion de l'Ukraine.

C'est dans ce contexte que doit être lue la rhétorique iranienne. Mercredi, le Guide suprême Khamenei a publié sur X une image générée par intelligence artificielle montrant le porte-avions Gerald Ford coulé, accompagnée d'un avertissement sur «l'arme capable d'envoyer ce navire au fond de la mer». Le même jour, l'Iran alertait les pilotes d'éviter le sud du pays le lendemain, en raison de tirs de roquettes. Ces signaux publics font partie intégrante du rapport de forces.

L'inconnue iranienne

La grande variable demeure la réponse de Téhéran en cas de frappe. Une riposte symbolique et limitée, calibrée pour préserver la crédibilité intérieure sans provoquer d'escalade incontrôlée, reste plausible.

Mais Alma souligne qu'un régime confronté à une insurrection intérieure d'une ampleur inédite – plus de 30.000 civils tués lors des répressions de janvier-février 2026 selon plusieurs sources – et à une économie sous 60% d'inflation, pourrait être tenté de jouer la carte de la «victoire divine»: survivre à une frappe américaine pour se légitimer en résistant. Ce pari serait dangereux, mais pas irrationnel pour un pouvoir au bord du gouffre.

La ligne entre escalade contrôlée et conflit non maîtrisé est mince. Et comme le note Foreign Policy, elle n'est souvent visible qu'en rétrospective.

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