Les élections auront-elles le résultat escompté?
©Ici Beyrouth

Toutes les élections organisées au Liban ont toujours été le reflet de la phase politique qu’elles accompagnaient. En effet, depuis l’indépendance jusqu’à ce jour, chaque scrutin a eu pour objectif de servir une étape déterminée : la victoire de l’alliance en 1968 a marqué l’entrée dans l’ère post-nassérienne et la fin du mandat de Fouad Chéhab ; celle des alliés de la Syrie en 1992 et le boycott des opposants résultaient des équilibres politiques de l’époque ; tandis que la victoire des opposants à la Syrie en 2005, qui ont obtenu la majorité, s’inscrivait dans un contexte régional marqué par des pressions croissantes sur le régime Assad.

Chaque élection poursuit donc un objectif clair et déterminé. Il est désormais certain que l’objectif des prochaines élections législatives au Liban est d’affaiblir le Hezbollah ; et ce, afin de briser son monopole sur la représentation de la communauté chiite, qu’il détenait jusque-là, après l’atteinte portée à son arsenal et la perte de son rôle régional suite aux évolutions en cours.

Mais est-il possible d’y parvenir dans le cadre des équilibres électoraux actuels au Liban, du contexte général, de la loi électorale en vigueur et de la poursuite du conflit dans l’attente d’une éventuelle frappe contre l’Iran ?

Il sera impossible de percer les sièges chiites par des voix chiites. Cela pourrait arriver avec des voix non chiites. Toutefois, la seule formation capable de le faire, à savoir les Forces libanaises, a déclaré explicitement ne pas être intéressée par la conquête d’un siège chiite, consciente qu’elle ne pourrait mener, à travers celui-ci, une véritable bataille politique.

Le scénario envisagé par la direction des Forces libanaises est clair : si un député chiite est élu avec 15 000 voix, dont 200 voix chiites, quelle bataille politique pourrait-il réellement mener ? Il serait impossible de le porter à la présidence de la Chambre des députés, et difficile de le considérer comme une force influente sur la scène chiite, notamment lors de la formation des gouvernements ou autre.

La seconde hypothèse, plus réaliste, verrait le Hezbollah reconduire son monopole sur la représentation chiite, faisant de Nabih Berri, une nouvelle fois, un candidat naturel à la présidence du Parlement. Cependant, après les élections de 2022, qui ont conduit à sa réélection avec 65 voix, sans aucune marge supplémentaire, le fait de lui assurer une majorité est assez aléatoire. Partant, comment élire un président de la Chambre sans majorité absolue ?

La majorité opposée à Berri pourrait choisir un autre député chiite issu de son bloc, lequel démissionnerait automatiquement en guise de refus d’une telle situation. Et si cette majorité décidait d’élire un député chiite affranchi de l’emprise du Hezbollah, entraînant la démission de l’ensemble des autres députés chiites, le pays entrerait dans une crise politique sans fin.

C’est cette analyse qui pousse la communauté internationale à s’orienter vers le soutien d’une prorogation du mandat du Parlement, consciente qu’aucun changement n’est possible à l’heure actuelle et que la situation au Liban nécessite d’abord la clarification du nouveau paysage régional avant de s’orienter vers des élections et vers les nouveaux équilibres qui pourraient s’ensuivre.

 

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