Sahara occidental: Madrid relance le dialogue, Washington attend la suite
Le président américain Donald Trump, et le conseiller principal des États-Unis pour l'Afrique, Massad Boulos (à gauche), participent à un déjeuner multilatéral avec des dirigeants africains en visite, dans la salle à manger d'État de la Maison-Blanche, à Washington (DC), le 9 juillet 2025. ©Jim Watson / AFP

Près de sept ans après les dernières discussions directes en Suisse, les principaux acteurs du dossier du Sahara occidental se sont retrouvés à Madrid, loin des caméras et sans déclaration commune. Une réunion tenue sous l’égide des États-Unis, révélée après coup, qui n’a pas permis de lever les divergences de fond mais qui marque un frémissement diplomatique. En ligne de mire désormais, une nouvelle étape attendue en mai à Washington.

Les dernières négociations directes autour du Sahara occidental remontaient à décembre 2018 puis mars 2019, à Genève. Depuis, le processus était à l’arrêt. Dimanche, une rencontre multipartite s’est pourtant tenue à Madrid, réunissant des représentants du Maroc, du Front Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie.

La réunion s’est déroulée à l’ambassade américaine en Espagne et s’est achevée lundi soir. Pas de communiqué commun, aucune photo de groupe, pas même une conférence de presse de clôture. Initialement tenue secrète, la rencontre a été révélée par le quotidien espagnol El Confidencial, avant d’être confirmée par la mission américaine auprès des Nations unies. Dans un message bref publié sur X, celle-ci a évoqué de simples «discussions» entre «délégations de haut niveau».

Selon plusieurs sources diplomatiques, c’est l’émissaire de Donald Trump pour l’Afrique et les affaires arabes, Massad Boulos, qui est parvenu à réunir les quatre parties autour de la même table. Un fait en soi, dans un dossier figé depuis des années.

Washington pousse une solution sans référendum

L’objectif affiché de la médiation américaine est de relancer un processus politique sur un conflit vieux de cinquante ans. Mais une ligne rouge demeure clairement posée par Washington : les États-Unis ne souhaitent pas voir ressurgir l’option d’un référendum d’autodétermination.

À l’instar de plusieurs capitales européennes, dont Paris et Madrid, l’administration américaine privilégie le plan d’autonomie proposé par le Maroc. Une autonomie que Washington souhaite toutefois voir élargie, avec des concessions supplémentaires de la part de Rabat. Reste à savoir jusqu’où le royaume est prêt à aller.

À Madrid, le Maroc est arrivé avec un document beaucoup plus détaillé que par le passé. Un plan d’autonomie d’une quarantaine de pages, loin des trois pages présentées en 2007. Un signal d’engagement, mais dont le contenu exact n’a pas été rendu public.

Algérie et Maroc autour de la même table

La présence simultanée de l’Algérie et du Maroc à ces discussions constitue un fait notable. Les deux pays n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 2021 et leur frontière terrestre est fermée depuis plus de trois décennies. Le conflit du Sahara occidental reste au cœur de cette rupture.

Aujourd’hui, le Maroc contrôle environ 80 % de ce vaste territoire désertique. L’Algérie, soutien historique du Front Polisario depuis plus de cinquante ans, a dépêché un émissaire à Madrid, tout comme la Mauritanie, directement concernée par sa frontière avec le territoire disputé.

Pour les Nations unies, le Sahara occidental demeure un territoire non autonome dont le statut final doit être déterminé par un processus politique négocié. Les positions de fond restent inchangées: le Maroc défend son plan d’autonomie, le Front Polisario continue de réclamer un référendum incluant l’option de l’indépendance, et l’ONU insiste, de son côté, sur une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable.

Une étape avant Washington

Selon des informations rapportées par le média algérien Casbah Tribune, la réunion de Madrid aurait permis un accord procédural entre les parties. Il porterait sur la création d’une commission technique composée d’experts juridiques et politiques internationaux, placée sous la supervision des Nations unies et des États-Unis. Cette instance serait chargée d’examiner les aspects pratiques d’un éventuel accord-cadre entre le Maroc et le Front Polisario.

Toujours selon ces mêmes sources, les États-Unis auraient facilité un consensus sur l’organisation d’une nouvelle série de négociations directes, attendue à Washington au mois de mai. L’objectif serait d’aboutir à un accord-cadre politique définissant les bases de la phase suivante du processus. Une approche qui rappellerait, sans l’assumer ouvertement, celle du «deuxième plan Baker», élaboré au début des années 2000.

Massad Boulos, au cœur du jeu diplomatique

Depuis plusieurs mois, Massad Boulos s’impose comme l’un des acteurs centraux de ce dossier. Lors de sa première tournée maghrébine en juillet 2025, il avait successivement visité la Tunisie, la Libye, l’Algérie puis le Maroc, le jour même du discours du Trône dans lequel Mohammed VI appelait à un «dialogue fraternel et sincère» avec Alger.

En janvier 2026, l’émissaire américain a reproduit le même schéma. Passage par Tunis, puis Alger, où il a rencontré le président algérien Abdelmadjid Tebboune et plusieurs membres du gouvernement. Les discussions ont alors porté sur le Sahara occidental, mais aussi sur la Libye, le Sahel et les perspectives de coopération énergétique entre l’Algérie et les États-Unis.

Sur X, Massad Boulos a réaffirmé que Washington restait engagé en faveur d’une solution «juste, durable et mutuellement acceptable», susceptible de garantir une paix pérenne et un avenir meilleur pour l’ensemble de la région.

Un signal plus qu’un tournant

Peu d’informations ont filtré sur le contenu précis des échanges à Madrid. Et les contours de la rencontre prévue en mai à Washington restent, eux aussi, largement flous. Mais le simple fait que les parties aient accepté de se retrouver, discrètement, après des années d’impasse, est en soi un signal.

À défaut de percée immédiate, Madrid a permis de réinstaller un cadre de dialogue crédible. Un pas encore fragile, mais qui pourrait ouvrir la voie à une séquence diplomatique plus structurée dans les mois à venir.

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