Quand le rêve de Gaudí touche le ciel: la Sagrada Familia sur le point d’atteindre 172,5 m
Une photo prise le 3 février 2026 montre une vue intérieure de la basilique de la Sagrada Familia, conçue par l’architecte espagnol Antoni Gaudí à Barcelone. ©Josep LAGO / AFP

La Sagrada Familia de Barcelone, monument emblématique en construction depuis plus de 140 ans, s’apprête à voir sa tour centrale, dédiée au Christ, atteindre sa hauteur record de 172,5 mètres. La pose de la croix qui couronnera l’édifice est imminente, et la tour devrait être bénie le 10 juin, à l’occasion du centenaire de la mort de l’architecte Antoni Gaudí. Si l’église devient la plus haute du monde, la finalisation du chantier reste incertaine, en particulier pour la façade de la Gloire, en raison d’un litige avec les riverains concernés par les travaux d’aménagement de l’entrée principale.

La tour centrale de la Sagrada Familia de Barcelone, la plus haute église au monde, sera bientôt achevée, mais les travaux entamés par Gaudí il y a plus de 140 ans sont loin d'être finis, à cause notamment d'un différend lié à sa façade principale.

Dans les prochains jours doit être apportée la touche finale à la tour du Christ, la plus élevée de l'édifice. Elle doit être officiellement inaugurée en juin, lors d'une cérémonie à laquelle a été invité le pape Léon XIV, qui n'a pas encore confirmé sa présence.

La pièce qui viendra compléter la croix tridimensionnelle qui couronne la tour attend sur une plateforme à 54 mètres de hauteur, cernée par les échafaudages. Une immense grue jaune et des grimpeurs soulèveront bientôt ce dernier élément, qui portera à 172,5 mètres le sommet de cet édifice emblématique de Barcelone.

La basilique catalane a déjà ravi il y a peu le record de l'église la plus haute du monde à la cathédrale d'Ulm, en Allemagne.

Sa cime ne dépassera toutefois pas la montagne de Montjuïc, à Barcelone, haute de 177 mètres.

Bénie le 10 juin

D'une profonde foi catholique, «Gaudí ne voulait pas dépasser cette limite», celle de l'œuvre de Dieu, explique à l'AFP l'architecte chargé du chantier de la tour Mauricio Cortés, au milieu des structures métalliques du monument payant le plus visité d'Espagne.

Une fois la structure achevée et les échafaudages retirés, la tour sera bénie le 10 juin, au moment du centenaire de la mort de l'architecte catalan, enterré dans la crypte de cette basilique qu'il a commencé à bâtir en 1883.

«Avec la pose de la croix, nous serons à près de 80 % de l'ensemble construit», précise à l'AFP Jordi Faulí, l'architecte qui dirige les travaux depuis plus d'une décennie, dans une salle à l'écart du va-et-vient des visiteurs, à côté de plusieurs maquettes.

Ce n'était pourtant pas comme ça que la commission de construction, une fondation canonique privée, voyait les choses avant la pandémie, lorsqu'elle imaginait achever l'ouvrage en 2026.

Mais le coronavirus a mis le tourisme mondial sur pause et gelé les revenus de la Sagrada Familia, financée principalement par les billets des visiteurs et des dons privés.

Aujourd'hui, avec le retour des touristes, en 2024, 4,8 millions de visiteurs ont franchi ses portes, la commission hésite à fixer une nouvelle date pour terminer les parties manquantes, parmi lesquelles la controversée façade de la Gloire et ses quatre clochers.

Selon le projet défendu par les architectes, l'entrée principale de la basilique doit être précédée d'un grand escalier et d'une place, dont la réalisation impliquerait la démolition de plusieurs immeubles.

Leurs habitants luttent depuis des années pour l'empêcher.

«Nos appartements sont légaux», proclame une banderole accrochée à l'un des immeubles concernés.

Les occupants de ces bâtiments assurent avoir acheté leurs logements sans que personne ne les avertisse que le chantier de la basilique pourrait s'étendre jusqu'à eux.

«Architecte extraordinaire»

«La Sagrada Familia est propriétaire d'un terrain, elle n'est pas propriétaire du reste. Alors, pourquoi devrait-elle venir chez moi?», s'insurge Salvador Barroso, président de l'Association des riverains affectés par les travaux de la Sagrada Familia qui dénonce «un business».

Il a acquis son logement à la fin des années 1980 et affirme n'avoir jamais entendu parler du projet d'escalier avant les Jeux olympiques organisés à Barcelone en 1992, qui ont bouleversé la ville, la transformant en haut lieu touristique.

Ces riverains affirment que l'escalier controversé ne faisait pas partie du projet original de Gaudí, dont les maquettes furent en grande partie détruites pendant la guerre civile (1936-1939).

Un argument rejeté par Jordi Faulí, qui assure suivre «fidèlement ce que Gaudí voulait», et rappelle qu'en plus d'autres documents sauvés, une partie des maquettes fut reconstruite ensuite par ses disciples.

«Gaudí était un architecte extraordinaire et cela vaut la peine de poursuivre son projet et de le mener à terme», ajoute-t-il, espérant qu'une «solution juste» sera bientôt pour construire la façade de la Gloire.

Le conflit devra être arbitré par la mairie, qui, en pleine crise d'accès au logement dans la ville, assure qu'il n'y aura aucun accord qui ne garantisse pas des solutions de relogement pour les riverains.

Rosa SULLEIRO / AFP

 

 

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