Enjeu majeur pour la nouvelle administration syrienne, le pétrole a été au centre de l’offensive contre les forces kurdes en janvier dernier. En effet, outre la volonté de réunifier le territoire syrien sous une seule autorité, les revenus du pétrole constituent une nécessité absolue à terme pour la viabilité du nouvel État.
Avec 0,16% des réserves mondiales de pétrole, la Syrie n’a jamais été un acteur majeur dans le secteur des hydrocarbures à l’échelle internationale. Cependant, les ventes de pétrole et de gaz correspondaient avant la guerre au quart des recettes de l’État syrien, des ressources financières indispensables à la reconstruction du pays. Le pays a des réserves de pétrole estimées à 2,5 milliards de barils et possède environ 255 milliards de m³ de gaz naturel.
Largement sous-exploité, le secteur a également souffert de la guerre civile, marqué par la destruction et le manque d’entretien des infrastructures mais également par les changements réguliers de ses exploitants. En outre, les sanctions internationales contre le pays ont limité ses capacités d’exportation. En effet, avant la guerre, l’Union européenne achetait 95 % du pétrole exporté par la Syrie, avant de cesser brutalement toutes importations. À titre d’exemple, la production de pétrole en 2011 s’élevait à environ 385 000 barils par jour, pour 90 000 en 2023.
Le contrôle des champs pétroliers au cœur de la guerre
Dès le début de la guerre, le contrôle du pétrole a été un enjeu majeur pour les belligérants et les forces internationales. Après avoir été un temps contrôlés par l’État islamique, les principaux champs pétroliers ont été récupérés par les forces kurdes et sécurisés par la présence de plusieurs camps américains dans la région.
La majorité des réserves pétrolières syriennes se trouve dans le nord-est et l’est du pays, principalement dans la région de Deir ez-Zor qui comprend les deux plus importants champs pétroliers du pays : Al-Omar et Al-Tanak. D’autres champs pétroliers se trouvent également dans la région de Hasakeh et Raqqa, et dans une moindre mesure dans la région de Palmyre.
Après la chute d’Assad, les forces kurdes ont commencé à fournir du pétrole aux nouvelles autorités syriennes. Moins d’un an après, le pays exportait 600 000 barils de pétrole brut, sa première exportation depuis le début de la guerre.
Dès leur prise de pouvoir, les nouvelles autorités se sont affirmées déterminées à reprendre le contrôle de l’ensemble de la Syrie. Mais toute attaque contre les forces kurdes ne pouvait se faire sans l’aval américain. En 2019, le président américain Donald Trump avait affirmé qu’il laissait des soldats en Syrie «uniquement pour le pétrole», lors d’une entrevue avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. Mais plus de cinq ans plus tard, la donne a changé, et Washington dispose désormais de nouveaux partenaires.
Une victoire pour les forces gouvernementales
Le mois dernier, le nouveau gouvernement syrien a lancé une offensive contre les zones kurdes avec l’aval des Américains, reprenant le contrôle des principaux champs pétroliers. Ils ont également pu compter sur le soutien de la Turquie qui voit d’un mauvais œil une zone autonome kurde à ses frontières, et qui avait menacé d’intervenir sur le terrain en cas de refus des Kurdes de se fondre dans le nouveau gouvernement. Cette réticence turque explique sans doute pour beaucoup le revirement américain qui privilégie désormais de travailler avec le président syrien Ahmed al-Chareh.
La Turquie s’est particulièrement bien positionnée pour aider le gouvernement syrien à reprendre la production de pétrole. Le 22 mai 2025, les deux pays ont signé un accord visant « à développer et à renforcer la coopération entre Damas et Ankara dans divers secteurs énergétiques, notamment le pétrole, le gaz, l’électricité et les minéraux ». À terme, la Turquie souhaiterait raviver certains anciens projets de gazoduc reliant les monarchies du Golfe à la Turquie en passant par la Syrie, ce qui permettrait à Ankara d’être l’acteur central de l’approvisionnement en gaz des Européens, mais également de lancer des travaux d’exploration énergétique en mer.
En outre, la Syrie a signé mercredi un mémorandum d’accord avec le géant pétrolier américain Chevron et une compagnie qatarie pour l'exploration offshore de pétrole et de gaz dans le pays.
Le texte a été signé au palais présidentiel à Damas entre la compagnie pétrolière publique syrienne, Chevron et Power International, en présence de l'émissaire spécial américain pour la Syrie Tom Barrack, selon l'agence officielle Sana.
Désormais sans obstacles majeurs, les autorités devraient pouvoir reprendre l’exploitation du pétrole syrien, et remettre peu à peu l’économie syrienne sur les rails.



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