Les tensions entre Washington et Téhéran sont montées d’un cran, sur fond d’incidents militaires dans le Golfe et de tractations diplomatiques délicates autour de négociations bilatérales annoncées pour les prochains jours.
Mardi, un avion de combat furtif américain a abattu un drone iranien qui s’était approché d’un porte-avions américain dans la mer d’Arabie. L’intervention a été menée en état de légitime défense» afin de protéger le porte-avions Abraham Lincoln et son équipage, a indiqué le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom). Le navire a récemment été déployé dans la région sur décision du président Donald Trump, dans un contexte de pression accrue sur l’Iran.
Le Centcom a également fait état d’un second incident impliquant deux vedettes armées iraniennes et un drone, qui se seraient approchés à grande vitesse d’un pétrolier battant pavillon américain, le Stena Imperative, menaçant de l’arraisonner. Un destroyer américain, appuyé par l’aviation, est intervenu pour escorter le navire hors de la zone. De son côté, l’agence iranienne Fars a affirmé qu’un bâtiment étranger entré «illégalement» dans les eaux territoriales iraniennes avait été sommé de quitter la zone, ce qu’il aurait fait immédiatement.
Ces incidents surviennent alors que l’Iran a récemment menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce mondial du pétrole et du gaz naturel liquéfié, en cas d’attaque américaine.
Négociations maintenues malgré les tensions
Malgré ce climat explosif, la Maison-Blanche a confirmé que les discussions prévues entre les deux pays «restent programmées pour l’instant». Selon plusieurs sources informées, l’Iran a toutefois exigé des modifications de dernière minute concernant le lieu et le format des pourparlers. Initialement envisagées à Istanbul et en présence de plusieurs pays arabes et musulmans comme observateurs, les négociations devraient finalement se tenir à Oman, dans un cadre strictement bilatéral selon le site Axios.
Téhéran souhaite limiter les discussions au seul dossier nucléaire, excluant les questions liées aux missiles balistiques et aux groupes alliés régionaux, jugées prioritaires par d’autres États de la région. L’administration Trump aurait accepté ce changement, même si des discussions se poursuivent sur une éventuelle participation régionale élargie.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a annoncé avoir mandaté son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, pour mener des négociations directes avec Washington, tout en rejetant toute «demande déraisonnable . Le ministère iranien des Affaires étrangères a précisé que si des pourparlers étaient bien prévus «dans les prochains jours», la date et le lieu exacts faisaient encore l’objet de discussions, plusieurs pays – dont la Turquie et Oman – s’étant proposés pour les accueillir.
Diplomatie sous haute pression
Abbas Araghchi a multiplié les contacts diplomatiques ces derniers jours, échangeant successivement avec ses homologues du Qatar, de la Turquie, d’Oman et du Koweït. Doha a évoqué des efforts diplomatiques «très intenses» pour éviter une escalade régionale.
Côté américain, l’émissaire spécial Steve Witkoff s’est rendu à Jérusalem, où il a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Ce dernier a mis en garde contre toute confiance excessive envers Téhéran, estimant que l’Iran avait «à plusieurs reprises prouvé qu’il ne respectait pas ses engagements».
Donald Trump a pour sa part averti que si le dialogue échouait, «de mauvaises choses pourraient se produire», laissant planer la menace d’une option militaire.
Répression interne et dossier nucléaire
Les tensions actuelles s’inscrivent dans un contexte plus large, marqué par une contestation massive en Iran depuis janvier, violemment réprimée par les autorités. Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), plus de 50 000 personnes ont été arrêtées et au moins 6.872 ont été tuées, en majorité des manifestants. Le bilan réel pourrait être bien plus lourd, avec plus de 17.000 décès encore en cours de vérification.
Mardi, la France a estimé que d’éventuelles discussions entre Washington et Téhéran devraient prioritairement viser à mettre fin à la répression, avant d’aborder les dossiers du nucléaire, des missiles et du soutien à des organisations armées.
Les pays occidentaux continuent d’accuser l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire, ce que Téhéran dément. Des négociations engagées au printemps 2025 avaient échoué, notamment sur la question de l’enrichissement de l’uranium, avant d’être interrompues par la guerre de douze jours déclenchée en juin par Israël.
Dimanche, Abbas Araghchi a estimé sur CNN qu’un accord restait «possible», à condition d’une levée des sanctions américaines, tout en excluant toute discussion sur les capacités militaires et balistiques de l’Iran.
Avec AFP



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