Pour Téhéran, pas de négociation possible sur ses capacités de défense et ses missiles
Sur cette photo prise et publiée le 30 janvier 2026 par le service de presse du ministère turc des Affaires étrangères, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue turc à l'issue de leur rencontre à Istanbul. ©HANDOUT / TURKISH FOREIGN MINISTRY / AFP

Les capacités de défense et balistiques iraniennes «ne feront jamais l'objet de négociations», a averti vendredi le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, au moment où Téhéran fait face à une forte pression des États-Unis.

Le ministre iranien s'exprimait à Istanbul après avoir rencontré son homologue Hakan Fidan, la Turquie voulant jouer un rôle de «facilitateur» entre les deux pays ennemis qui enchaînent les menaces.

Après avoir prévenu que «le temps» était «compté» avant une attaque contre Téhéran, le président américain Donald Trump a toutefois dit jeudi «espérer» ne pas avoir à frapper l'Iran, pressé dans le même temps à conclure un accord sur le nucléaire.

Si M. Araghchi, dont la visite à Istanbul est la première officielle à l'étranger depuis la vague de protestation réprimée dans le sang dans son pays, s'est déclaré prêt à reprendre des négociations «sur un pied d'égalité», il a aussi affirmé que «les capacités de défense et les missiles iraniens» n'étaient pas sur la table.

«La sécurité du peuple iranien ne regarde personne d'autre», a-t-il insisté en conférence de presse, précisant qu'aucune rencontre n'était prévue à ce stade avec les États-Unis.

Selon le média américain Axios citant des responsables américains, tout accord avec Téhéran devrait notamment inclure le retrait de tout l'uranium enrichi du pays, le plafonnement du stock de missiles à longue portée et un changement de politique vis-à-vis de certains groupes armés dans la région.

En 2018 pendant son premier mandat, Donald Trump s'était retiré du pacte international sur le nucléaire iranien, conclu trois ans plus tôt, et avait rétabli des sanctions. L'Iran s'est en riposte affranchi de la plupart de ses engagements.

«Vitale» 

À Istanbul, le ministre turc Hakan Fidan a estimé que la reprise des négociations sur le nucléaire était «vitale afin d'apaiser les tensions régionales».

«Nous constatons qu'Israël tente de persuader les États-Unis de lancer une attaque militaire contre l'Iran (...) Nous espérons que l'administration américaine fera preuve de bon sens», a-t-il dit.

La Turquie, membre de l'Otan, souhaite à tout prix éviter une escalade militaire qui risquerait de jeter des milliers de migrants par-delà les plus de 550 km de frontière qu'elle partage avec l'Iran et créerait un nouveau conflit à ses portes, après la Syrie.

Par précaution, la Turquie se prépare à «renforcer la sécurité à sa frontière» avec l'Iran, a confié à l'AFP un haut responsable turc.

Le président Recep Tayyip Erdogan pousse lui pour l'organisation d'une réunion trilatérale États-Unis/Iran/Turquie, selon une source diplomatique turque.

Il s'est entretenu vendredi avec le président iranien Massoud Pezeshkian, qui a de nouveau refusé de négocier sous les menaces américaines.

Le contexte est particulièrement tendu pour le pouvoir iranien, avec une armada américaine déployée dans le Golfe et l'inscription jeudi par l'Union européenne des Gardiens de la Révolution, son bras armé, sur la liste des «organisations terroristes».

Cette force est accusée par les Occidentaux d'avoir orchestré début janvier la répression du vaste mouvement de contestation ayant fait des milliers de morts.

«Compromis» 

Les Européens «subiront les conséquences de cette décision insensée», a prévenu vendredi le chef du pouvoir judiciaire en Iran, Gholamhossein Mohseni Ejei.

M. Araghchi a lui parlé d'une «erreur», de la part d'un continent, l'Europe, qui «attise le feu».

Pour Serhan Afacan, directeur du centre d'études iraniennes Iram à Ankara, «le compromis n'est pas impossible mais ne peut être atteint qu'après de longs cycles de négociations et si les craintes sécuritaires de Téhéran, surtout vis-à-vis des États-Unis et d'Israël», sont adressées.

Avant Ankara, des pays du Golfe, dont certains abritent des bases militaires américaines, ont déjà appelé ces derniers jours à la désescalade.

Les autorités iraniennes reconnaissent que des milliers de personnes ont été tuées lors des manifestations, mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou passants tués par des «émeutiers».

Des ONG parlent de dizaines de milliers de morts potentiels mais le travail de recensement est entravé par les restrictions de communication, bien qu'internet ait été partiellement rétabli après trois semaines de coupure.

Fulya OZERKAN et Susannah WALDEN / AFP

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