L’asphyxie progressive du régime iranien et ses répercussions régionales
©Ici Beyrouth

La République islamique d’Iran se retrouve aujourd’hui dans une situation inédite: son isolement international s’accentue au point de remettre en cause non seulement sa stratégie régionale, mais aussi son existence même. Le signal le plus marquant est venu de France, qui a récemment donné, à travers son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, son feu vert à l’inscription des Gardiens de la Révolution islamique sur la liste européenne des organisations terroristes.

Ce choix marque une rupture nette avec la posture traditionnelle de Paris, longtemps favorable au dialogue avec Téhéran. Ce revirement diplomatique acte la fin de toute reconnaissance implicite du régime iranien comme interlocuteur crédible et révèle un isolement stratégique désormais assumé par la communauté internationale.

Fragilité interne et contestation historique

Ce durcissement de la position française intervient dans le sillage de la répression brutale des manifestations populaires en Iran, qui ont constitué la menace la plus sérieuse contre la survie du régime depuis sa création en 1979. Pour la première fois, le pouvoir iranien a été confronté à une contestation d’une ampleur inédite, touchant toutes les couches de la société et révélant l’érosion profonde de sa légitimité «révolutionnaire».

Mais au-delà de cette fragilité interne, ce tournant diplomatique coïncide surtout avec une montée des menaces américaines, dans un contexte où l’isolement politique et l’affaiblissement économique limitent désormais la capacité du régime à soutenir son modèle régional fondé sur ses proxies, alors même que certaines divergences persistent au sein du camp occidental sur d’autres dossiers internationaux.

L’Irak, point de vulnérabilité critique

L’Irak demeure le dernier poumon politique et économique du régime iranien. Washington y exerce des pressions explicites: tout soutien aux milices pro-iraniennes ou toute tentative de retour de Nouri al-Maliki au pouvoir expose Bagdad à des sanctions et à la suspension d’aides vitales. Cette ligne dure a été publiquement affirmée par le président américain Donald Trump sur Truth Social, réduisant encore l’espace de manœuvre diplomatique et économique de Téhéran.

Le Liban face au défi du Hezbollah

Au Liban, le Hezbollah traverse une phase de fragilisation avancée. Sa guerre de soutien a connu un revers sévère comparable à celui du Hamas, mettant à nu le leurre de sa capacité à peser sur le terrain face à Israël. Dans ce contexte, la récente campagne médiatique hostile menée contre le président de la République, Joseph Aoun, a provoqué une réaction politique notable: la visite de Nabih Berry, président du Parlement, intervenue avant le dernier discours de Naim Kassem.

Cette initiative, émanant du principal allié politique du Hezbollah, laissait entrevoir un effort de désescalade et affirmait l’attachement au processus de reconstruction des institutions de l’État.

Le discours prononcé par la suite par le secrétaire général du Hezbollah a pourtant fait fi de cette démarche. En défiant ouvertement l’État libanais, en rejetant toute remise en question de l’arsenal de sa milice et en assumant une logique de confrontation régionale au service de l’Iran, il a réaffirmé une ligne de rupture avec l’autorité étatique.

Ce décalage met en lumière une différenciation encore implicite, mais réelle, entre Nabih Berry et un Hezbollah engagé dans une trajectoire politique sans issue pour sa propre communauté. Surtout, ce discours marque un tournant inédit: pour la première fois, la possibilité de poursuites judiciaires contre Kassem est publiquement évoquée, en raison de son défi explicite à l’autorité de l’État et à sa souveraineté.

Dans ce contexte, le gouvernement libanais est confronté à la nécessité pressante de mettre fin à la branche armée du Hezbollah pour restaurer l’autorité de l’État et garantir la sécurité de la population.

Le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, dont la visite reprogrammée aux États-Unis doit avoir lieu dans les prochains jours, devra y démontrer la capacité opérationnelle de l’institution à traduire en actions concrètes les décisions du gouvernement libanais, à travers le mécanisme actuel ou dans une forme élargie susceptible d’intégrer des représentants des gouvernements libanais et israéliens. Ce déplacement constitue un signal fort de l’engagement du Liban à reprendre le contrôle de son territoire et de ses institutions.

Pression croissante sur le programme nucléaire et les proxies iraniens

Au-delà de l’affaiblissement de son réseau de proxies, l’Iran est confronté à une urgence stratégique majeure: se conformer aux exigences américaines sur son programme nucléaire et démontrer que son arsenal de missiles balistiques, perçu comme une menace directe pour la sécurité régionale et particulièrement pour Israël, ne constitue plus un levier de déstabilisation.

Lors de sa dernière rencontre avec Donald Trump en décembre dernier, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a insisté sur ce point, soulignant que la question des missiles balistiques s’ajoute désormais au dossier nucléaire comme condition centrale imposée au régime iranien. Pour Téhéran, la mise en conformité avec ces exigences n’est plus un choix diplomatique, mais une condition de survie, sous peine de voir son isolement s’aggraver et d’encourir des attaques militaires.

Vers une recomposition régionale et une paix durable

L’effondrement ou la transformation radicale de la République islamique pourrait ouvrir une phase de recomposition majeure au Moyen-Orient. Loin de conduire automatiquement au chaos, cette évolution mettrait fin au cycle de déstabilisation systématique et favoriserait un retour progressif à des équilibres fondés sur la souveraineté des États, la coopération régionale et l’élimination définitive du rôle des acteurs armés non étatiques.

Alors que l’étau se resserre autour de Téhéran, la fin du modèle iranien tel qu’il s’est imposé depuis quatre décennies pourrait durablement redéfinir les équilibres régionaux et ouvrir la voie à une paix durable et une prospérité partagées.

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