Geagea appelle le gouvernement à dissoudre la branche armée du Hezbollah
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Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a lancé un appel direct au Conseil des ministres pour dissoudre la branche armée du Hezbollah. Lors d’une intervention dans l’émission Sar el-Waet sur la chaîne MTV, il a estimé que la décision de guerre et de paix doit revenir exclusivement à l’État libanais.

«Les propos du cheikh Naïm Kassem sont inacceptables à tous égards, car ils contreviennent à l’ensemble des lois et de la Constitution, et le placent hors du cadre légal», a-t-il avancé.

M. Geagea a estimé que l’État n’a pas encore récupéré toutes les infrastructures militaires dans le Sud et que l’armée libanaise n’a saisi qu’une partie des armes, observant que «cela reste insuffisant».

La solution, a-t-il ajouté, ne réside pas dans une confrontation armée interne mais dans une décision souveraine du pouvoir exécutif interdisant l’existence d’ailes militaires liées aux partis, jugeant que cette question dépasse les seules capacités opérationnelles de l’armée libanaise. «C’est un choix politique avant d’être sécuritaire», a-t-il insisté, estimant qu’aucune réforme réelle de l’État ne peut aboutir tant qu’une force armée échappe à son autorité.

Pour le leader des FL, laisser perdurer cette situation revient à permettre à «une minorité de contrôler la majorité» et à exposer le pays au risque d’un nouveau conflit régional décidé en dehors des institutions.

Estimant que quarante années ont été perdues dans des équilibres de fait imposés par la force, il a appelé le gouvernement actuel à « faire enfin ce qui n’a jamais été fait » afin de rétablir la primauté de l’État et ouvrir la voie à un redressement politique, économique et diplomatique du pays.

Un obstacle au soutien international

M. Geagea a également lié la question des armes du Hezbollah à l’isolement du Liban sur la scène internationale. D’après lui, aucun État ami n’est prêt à s’engager pleinement aux côtés de Beyrouth tant que subsiste une force militaire parallèle influençant les choix stratégiques du pays, considérant que cela empêche toute normalisation des relations extérieures et toute aide structurante durable.

Il a averti qu’entraîner le Liban dans une guerre au nom d’intérêts extérieurs serait «un crime contre sa propre base populaire et contre l’ensemble des Libanais», appelant à «laisser l’État devenir réellement l’État» en mettant fin à toute tutelle armée partisane.

Évoquant la situation régionale, M. Geagea a estimé que le régime iranien actuel était «en fin de cycle», affirmant que les États-Unis, l’Europe et plusieurs pays arabes seraient désormais convaincus que ses jours sont comptés. Selon lui, toute dégradation majeure de ce régime, voire une éventuelle frappe américaine contre l’Iran, aurait des répercussions positives sur le Liban.

Il a par ailleurs imputé au Hezbollah une part déterminante dans l’effondrement du pays, jugeant que ses choix politiques et sécuritaires ont ramené le Liban «à l’âge de pierre». D’après lui, l’alignement du parti sur Téhéran a non seulement exposé le pays à des risques militaires, mais aussi sapé son économie et paralysé sa vie politique intérieure.

Sur la question des Finances et de l’Électricité

Abordant le dossier budgétaire, M. Geagea a salué la position du ministre des Finances Yassine Jaber, tout en soulignant qu’il demeurait en désaccord avec lui sur plusieurs points. Il a également loué l’approche du Premier ministre Nawaf Salam concernant le budget 2026.

Selon lui, l’enregistrement d’un excédent d’environ un milliard de dollars dans les comptes de l’État l’an dernier constitue un indicateur que la trajectoire financière «va dans le bon sens», à rebours du climat de pessimisme dominant. Il y voit le signe qu’une gestion plus rigoureuse peut progressivement rétablir la confiance et ouvrir la voie à un redressement économique, à condition de poursuivre les réformes engagées.

Sur la question de l’électricité, M. Geagea a vivement critiqué la gestion passée du secteur, qu’il a imputée à Gebran Bassil et à son équipe, la qualifiant de «scandaleuse». Il a rappelé que ce dossier est resté entre leurs mains durant quinze ans sans solution durable. Il a dénoncé le recours aux navires-centrales, dont le coût aurait dépassé le milliard de dollars, sans amélioration structurelle de la production.

À l’inverse, il a salué l’évolution progressive des heures de fourniture sous l’actuel ministre de l’Énergie, Joe Saddi, estimant que les insuffisances actuelles découlent du «lourd héritage» laissé par la gestion précédente. Selon lui, des démarches sont en cours pour sécuriser un financement d’environ un milliard de dollars destiné à la construction d’une nouvelle centrale, avec l’objectif de porter l’alimentation électrique à 16 heures par jour.

Législatives: vers un front politique élargi

Abordant la perspective des prochaines élections législatives, M. Geagea a estimé que la scène parlementaire actuelle se résume à deux grands pôles: d’un côté, un «bloc de la résistance» regroupant des forces qu’il accuse d’être alignées sur des axes extérieurs, et de l’autre un camp formé par les Forces libanaises, les Kataëb et plusieurs députés indépendants issus de l’ancien courant du 14 Mars.

Selon lui, cette bipolarisation reflète clairement le rapport de forces politique dominant aujourd’hui au Liban. Il a affirmé que l’alliance avec les Kataëb est solide et appelée à se déployer dans l’ensemble des circonscriptions, afin d’unifier les partis et personnalités partageant la même vision politique.

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